deserteur39

la naissance d'un dessin par Marc Large

Dessin renaud — Par deserteur39 @ 12:16

Le pari consistait à faire un dessin de Renaud sans qu'on le voit sur l'image...

LE brouillon: 

 

 

LE Final:

MARC LARGE ANIMATION TV, DESSIN, STORYBOARD, ECRITURE... Raconteur d'histoires dessinées, je suis né dans une famille d'illustrateurs de père en fils. je travaille pour la TV (Canal Sat, émissions nature), le cinéma (storyboard), la BD, dans l'écriture etc... Le plus souvent possible dans les Pyrénées sauvages, sur la trace de l'ours. Passionné par le primitif. Mélangez des pinceaux et des crayons, les mots de Coluche et de Renaud, les images de Curwood et de Jack London, un peu de Loisel et de Franquin, des horizons basques ou africains, du Pink Floyd, du Ben Harper et des Beatles, et vous vous rapprocherez de ce qui me fait vibrer...

une superbe chanson entre autres sur: 

http://www.myspace.com/marclarge 

retrouver toutes les étapes de ce dessin :

http://blog.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&friendID=135567712&blogID=332167183

son site :

http://www.marclarge.com/

 

Et plein d'autre chose que je vous montrerais dans un prochain post... 


Renaud hexagone studio 5

Vidéo Renaud Télé — Par deserteur39 @ 09:17
28-11-2007

RENAUD A ESPRIT LIBRE LE 23/11/07

Vidéo Renaud Télé — Par deserteur39 @ 14:02

Renaud - les albums, analyse personnelle Mistral Gagnant (1985)

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 00:27

Renaud - les albums, analyse personnelle par Dany Isenguerre

clic pour acceder à Son site  http://www.isenguerre.com/index.htm

 

Mistral Gagnant (1985)

Attention, grand album, un de plus ! Je dois tout de suite avertir que je ne pourrai être parfaitement objectif au sujet de cet album car il a été, pour moi, l'album de découverte de Renaud, celui par lequel je suis devenu fan. Deux ans se sont écoulés depuis l'album "Morgane de toi" qui avait ouvert la brèche pour une nouvelle dimension artistique du chanteur. La même recette est appliquée ici. Je pense en particulier aux musiciens américains, véritables robots musicaux mais indispensables à la sonorité qui fait la crédibilité d'un album. Cependant, la logique a été poussée encore un peu plus loin, plus vers la sonorité rock, les guitares électriques et les synthétiseurs. Pour le fond, Renaud a pris deux ans et l'album sonne encore un peu plus mûr, plus propre, plus pro que les précédents. Le chanteur a définitivement quitté le rôle de pur loubard pour devenir un chanteur engagé, bon père de famille et, accessoirement, pote que l'on retrouve au bar du coin. "Mistral Gagnant" reste également à ce jour l'album qui a fourni le plus de titres aux concerts de Renaud, avec un extraordinaire 100% de reprises 'lives' ! Cet album est aussi l'occasion pour Renaud de prendre du recul par rapport à l'être humain, d'analyser le monde qui l'entoure, d'enfin s'engager ouvertement.

1. Miss Maggie

Big Ben nous accueille sur cette chanson d'amour à toutes les femmes, sauf une ! "Miss Maggie" aura surtout été pour Renaud un formidable coup médiatique. Qui pouvait en effet encore ignorer l'existence du chanteur après le tollé provoqué par la sortie de cette chanson, après les vives réactions de certains sujets de sa gracieuse Majesté, après le quasi incident diplomatique entre la France et la perfide Albion ? Et c'est dommage car cette chanson mérite plus que le simple battage médiatique qui lui a été consacré! Derrière une orchestration qui hésite en permanence entre le rock et le hard-rock, c'est un véritable hymne à la femme qui nous est livré. Tel un petit garçon qui commence enfin à comprendre le monde, Renaud nous décrit sa passion pour la féminité qui n'a d'égale que sa haine pour la bassesse qui caractérise généralement la masculinité. La musique, grinçante à souhait, renforce le sentiment de haine perceptible dans certaines paroles sans trop atténuer l'admiration des autres. Les paroles débitées avec fatalisme renforcent encore le sentiment malsain qui entoure la chanson et c'est presque naturellement que l'on s'attend à voir arriver "Miss Maggie" à la fin de chaque partie. Au travers de tout cela, on retiendra le chanteur qui s'engage dès la plage d'ouverture de son album et qui, manifestement, sent qu'il a enfin les reins assez solides pour pouvoir prendre des risques. En concert, cette chanson a été magnifiquement reprise lors du fabuleux "Zénith 86" dont je vous déconseille encore et toujours le CD pour disparaître petit à petit... mais était-elle vraiment faite pour la scène ?

2. La pêche à la ligne

Après l'acide, voici venir la ouate. Etrange chanson que cette "pêche à la ligne" ! Quel message Renaud a-t-il bien voulu y faire passer ? Son amour de la pêche pour tout ce qu'elle n'a pas de commun avec la chasse ? Une étude sur la monotonie qui détruit petit à petit les couples ? Un simple gag ? Une autodérision ? Toujours est-il que l'auditeur est baladé d'une piste à l'autre par le chanteur qui semble jouer à cache-cache avec lui. Une chose est certaine, l'humour de l'artiste s'est affiné et le non-sens vient parfois renforcer la dérision. Il reste de tout cela une sympathique petite chanson, bien construite, très agréable à écouter car fortement imagée, une véritable tranche de vie avec ses causes et conséquences. La musique renforce l'impression de soleil qui se lève sur un dimanche matin de plus ainsi que la fausse lenteur avec laquelle la vie avance souvent, cette lenteur abrutissante qui fait que l'on s'habitue et qui finit malheureusement par nous cacher ce qui nous semblait auparavant évident. En concert, cette chanson rencontre un succès d'autant plus étonnant qu'elle affiche ouvertement un manque d'ambition. Mais la sympathie joue et elle semble devenir un incontournable.

3. Si t'es mon pote

Retour au hard-rock pour cette chanson dédiée à l'amitié. Renaud poursuit ici le travail de description de sa propre vie commencée dans les albums précédents, un peu comme s'il avait définitivement épuisé les sujets relatifs au monde qui l'entoure directement. Renaud y révèle une facette qu'il avait tenue secrète jusque là: il est exigeant et possessif en amitié. La chanson s'apparente dès lors plus à un mode d'emploi en forme de parcours du combattant pour qui veut devenir l'ami de Renaud qu'à une simple description de sentiments humains. Comme le résume si bien Renaud auprès de son public "Vous voulez être mes potes ? Vous l'aurez voulu !". Dans ce contexte, le choix d'une musique assez frappante renforce la tendre violence des paroles et le tout semble cohérent. Cependant, alors que la chanson précédente affichait un résultat supérieur à ses ambitions originales, celle-ci a subi le sort inverse et a vite disparu des concerts de Renaud. Peut-être la voix de Renaud s'accorde-t-elle définitivement mal du hard-rock, aussi léger soit-il ? Peut être la chanson était-elle trop typée ? Peut-être souffrait-elle et souffre-t-elle toujours simplement de la comparaison avec le reste de l'album...

4. Mistral Gagnant

Au risque de choquer certains qui la trouvent un peu trop rose-bonbon-ras-des-paquerettes, j'affirme ici que "Mistral Gagnant", en plus de donner son nom à l'album, est une chanson qui justifie à elle seule son achat. Les oreilles, encore bourdonnantes des derniers accords de la chanson précédente, perçoivent soudain une petite mélodie, très simple, dépouillée, mais d'une pureté et d'une force mélodique impressionnantes, prouvant à quel point l'artiste a évolué musicalement. Renaud en est-il vraiment l'auteur ? Toujours est-il que sa signature est apposée au bas de la partition. Et le dépouillement musical va poursuivre les paroles pendant toutes la chanson, les emrobant discrètement de juste ce qu'il faut de chaleur, de tendresse et de mélancolie, nous guidant sur le chemin des sentiments qui n'ont alors plus aucune peine à passer. Peut-être trop même. Deux tendances se dessinent dans la chanson: l'amour d'un père envers sa fille dans les plus simples gestes de la vie quotidienne et la nostalgie du temps passé quand on revoit sa propre jeunesse au travers de son enfant. Ce second point passe presque inaperçu au travers de la chanson, effacé par le premier et sa complice musicale, mais je ne suis pas certain qu'à l'origine, le but recherché n'était pas diamétralement opposé ! Il ressort néanmoins de tout cela une chanson vraiment magnifique qui fera partie des incontournables de Renaud encore pour de longues années.

5. Les trois matelots

On troque le piano pour une guitare, on garde le dépouillement, du moins dans un premier temps, et on lance la chanson suivante. "Les trois matelots" est une chanson ouvertement engagée où Renaud réaffirme son dégoût des militaires "haut gradés et planqués". Sous la forme originale d'une narration croisée des vies de trois personnes, dont lui-même, Renaud parvient à peindre le portrait de gens plus ou moins recommandables, où les pires abrutis finiront par faire les meilleurs militaires et où les qualités semblent autant de freins à une carrière sous les drapeaux. La musique suit bien les paroles, le fond rejoint la forme (tiens, cela faisait longtemps). Cependant, la chanson finit par lasser petit à petit l'auditeur. La faute vraisemblablement à un manque de variété dans la construction musicale, à un trop grand nombre de couplets, . L'engagement des paroles ne rattrape pas alors tout. Ceci explique peut-être la raison pour laquelle la chanson n'a pas survécu au live "Zénith 86" où elle avait toutefois reçu l'honneur d'être la chanson d'introduction.

6. Tu vas au bal ?

L'album a joué jusqu'ici sur tous les registres de l'alternance, du rythme à l'authenticité en passant par le plus ou moins sérieux. Après une chanson capable de faire grincer certaines dents, place à l'humour pur et dur avec "Tu vas au bal ?". Je me rappelle ne pas avoir compris le sens des paroles à la première audition et avoir juste rigolé en entendant les bruits et dialogues de studio à la fin de la chanson. Je suis ensuite passé par une phase "ça ne veut rien dire !" et puis j'ai enfin compris le dialogue que le rythme infernal de la mélodie m'avait en partie masqué. "Tu vas au bal ?" est un chanson dont il est difficile de dire beaucoup plus, si ce n'est que Renaud parvient une nouvelle fois à replacer les thèmes dont il est friand sous le couvert de l'emballage comique. On pouvait s'attendre à une chanson bouche-trou, mais elle a quand même été reprise dans deux tournées du chanteur et il n'est pas exclu qu'elle ne revienne plus! Une chanson typiquement renaudienne donc, inenvisageable dans l'oeuvre d'un autre artiste, à déguster ou à faire déguster (un bon conseil dans ce dernier cas, observer la personne qui découvre l'oeuvre !).

7. Morts les enfants

Chanson qui m'a fait découvrir Renaud, "Morts les enfants" porte avec bonheur la lourde responsabilité d'être la première chanson de la face "B" de l'album et ce, même si sa gravité semble quelque peu à l'étroit sur le CD entre deux chansons nettement plus "légères". Et pour être grave, elle l'est ! Le titre à lui seul en est la meilleure preuve. Mais la mort des enfants sert surtout ici de prétexte à Renaud pour dresser un affligeant constat du monde qui nous entoure, de la corruption à la bêtise qu'il renferme, de la violence inutile aux vérités absurdes dont on le remplit. Le chanteur ne cache plus son engagement, il le hurle. Cependant, on pourra lui reprocher de donner l'impression de s'échauffer à l'engagement, en commençant par des sujets communs. Je pense en particulier à ce sketch des "Inconnus" où l'on décrit un certain 'Florent Brunel', chanteur réputé engagé ("je suis contre l'injustice dans le monde, la guerre, c'est pas bien !"). Pour le reste, nous sommes encore en présence d'une chanson où la forme rejoint magnifiquement le fond. C'est une musique magnifique, simple, lente, semblant tourner sur elle-même jusqu'à l'infini comme pour amplifier une impression de fatalité qui accompagne des paroles dont la douceur d'élocution n'a d'égal que la puissance narrative. En concert, cette chanson manque un peu de relief, mais la qualité générale parvient à maintenir sa présence régulière.

8. Baby-sitting blues

Renaud a ceci de caractéristique: il est un des rares chanteurs capable d'écrire des chansons inimaginables dans le chef d'autres chanteurs ! Et "Baby-sitting blues" vient nous confirmer cet état des choses ! Quel autre chanteur 'à succès' pourrait envisager d'écrire une chanson sur les aventures de la baby-sitter engagée pour veiller sur sa fille pendant une soirée resto avec son épouse ? Quel autre chanteur pourrait alors transformer sa propre fille en un tendre monstre, l'espace d'un soir, au grand dam de la baby-sitter ? Et c'est pourtant la rencontre explosive de ces personnages qui fait le charme de cette chanson. Le tout nous est raconté sous forme d'une narration précise et bien construite. La musique, un rock parfumé à la 'country', semble au premier abord un point faible de l'oeuvre. Et puis on se rend compte que la sympathique mélodie qui en ressort sert parfaitement les paroles, accompagnant l'humour de la chanson mais en y ajoutant un soupçon d'irréel bienvenu. Malheureusement pour elle, cette chanson ne semble pas avoir survécu au concert de promotion. Sans doute était-elle trop temporelle; peut-être était-elle trop quelconque, pas assez typée. Et si elle n'était simplement qu'une victime de plus de la terrible concurrence que se livrent en concert les chansons du désormais extraordinaire répertoire de Renaud ?

9. P'tite conne

Jusqu'ici, l'album a alterné les chansons légères et graves avec un bonheur certain, évitant ainsi les longueurs et les décrédibilisations. Nous venons de quitter une chanson 'légère' et la chanson qui suit le sera encore plus. Nous sommes alors en mesure de nous attendre logiquement à une chanson plus grave. Erreur, elle n'est pas grave, elle est gravissime ! "Petite conne" fait partie de ces chansons qui vous marquent, vous font frissonner à l'audition, et desquelles sortent certaines phrases qui vous restent en mémoire, comme autant d'expériences généreusement prodiguées, comme autant de conseils, de mises en garde, de vérités vraies. Une musique simple, dépouillée, où les synthés la jouent désespoir et les guitares électriques colère, sert de fond sonore à une énième excellente narration renaudienne, basée sur une histoire authentique ("petite conne" serait en fait Pascale Ogier, la fille de Bulle Ogier). Cette fois, Renaud se représente à l'enterrement d'une victime de la drogue. Mais le cercueil ne l'intéresse guère, il est bien trop perdu dans ses pensées. Il se rappelle de ses relations avec la victime, de son impuissance à l'aider, des "et si" qu'il n'a pu tenter. Et il termine ses pensées par la question qui écoeure: "et si le dealer était là, parmi les gens en pleurs ?". Chanson extrêmement forte, pour laquelle Renaud a lui-même avoué un petit faible, "Petite conne" s'est rapidement imposée comme une incontournable et revient régulièrement dans les concerts de l'artiste. Personne ne s'en plaindra. A écouter sans modération donc !

10. Le retour de la Pépette

Après l'énorme cri de douleur désespéré de la chanson précédente, un peu de légèreté s'impose. le "Retour de la pépette" remplira parfaitement ce rôle. Le titre est à lui seul tout un programme ! Nous avons ici droit à une histoire d'amour ridicule, sur fond de musique foraine qui se veut ridicule. Le tout est ponctué de jeux de mots et d'humour "nonsense irréaliste" qui fait parfois du bien, à petites doses. Peu de choses à dire en plus sur cette chanson qui peut amuser ou énerver, selon l'humeur. En concert, cette chanson n'a été reprise que sur le live "Le retour de la chetron sauvage", version CD, et de façon catastrophique (nous sommes en présence de la chanson typiquement inadaptée aux concerts publics). La cassette vidéo correspondante a eu l'heureuse idée de l'oublier.

11. Fatigué

Quelle merveilleuse chanson que "Fatigué" ! Selon la règle de l'album, la chanson se devait d'être à tendance 'grave', elle l'est. Mais la dureté des paroles n'empêche pas une puissance et une majestuosité extraordinaire. L'engagement devient total, les dénonciations féroces, même si encore un peu trop généralistes. Cette chanson d'amour à la terre est une façon pour Renaud de boucler la boucle de son album. Il avait exprimé sa haine de la bêtise de l'homme dans la première chanson, il généralise ici pour terminer l'album. La musique peut toutefois surprendre. Elle semble exploser d'optimisme alors que les paroles décrivent horreurs sur horreurs. Je parlerais donc plutôt de fatalisme musical positif. Enfin, si certaines chansons sonnent "première plage" ou "première plage, face B", certaines sonnent "dernière plage". C'est le cas ici. Un ad-lib final permet aux musiciens de s'exprimer pleinement. Si la sonorité de l'oeuvre semble à l'étroit sur disque, les concerts lui ont permis de se libérer totalement (sauf peut-être sur le live 'Visage pâle rencontrer public', où la musicalité est peut-être trop aseptisée). Aujourd'hui encore, cette chanson rencontre un franc succès en concert et fait désormais partie des incontournables de Renaud. A déguster donc !

Voilà, je ne vais pas jouer au mystérieux, contrairement à mon habitude. Je vais donc directement vous avouer que, selon moi, "Mistral gagnant" clôture en apothéose la meilleur période artistique de Renaud en tant que "Renaud". Cela ne veut pas dire que l'artiste devient subitement inintéressant, au contraire. Seulement, il va peu à peu se banaliser, se reposer (brillamment du reste) sur ses lauriers, s'embourgeoiser au point de donner parfois l'impression de se chercher. C'est un virage à 90 degrés qu'amorce l'artiste, je vous attends à sa sortie...


Renaud - les albums, analyse personnelle Morgane de toi (1983)

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 00:25

Renaud - les albums, analyse personnelle par Dany Isenguerre

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Morgane de toi (1983)

Les deux ans qui se sont écoulés depuis la sortie du "Retour de Gérard Lambert" ont sans doutes été parmi les plus importants dans l'évolution de Renaud. En effet, jamais jusqu'ici la transition entre deux albums consécutifs de l'artiste n'avait été aussi marquée. Nous sommes ici en présence d'un Renaud au sommet de son art, fort de ses six premiers albums et loin d'être à court d'idées, au contraire. Textuellement, l'album est dans la lignée des deux précédents, mais sonne plus léger, plus naturel. Musicalement, la différence est énorme. En effet, l'album a été enregistré aux Etats-Unis - comme le sera "Mistral Gagnant" - et cela se sent, s'entend. Le son fait plus commercial, plus pro. Les musiciens jouent froidement mais parfaitement ce qu'on leur a demandé. C'est aussi l'époque des premiers grands clips de Renaud, dont le "Morgane de toi" de Gainsbourg. A l'aide de ces ingrédients, c'est un album truffé de hits potentiels qui nous est proposé ici. Et de fait, aujourd'hui encore, de nombreuses chansons qui le composent font l'objet de reprises dans les concerts de Renaud. Un incontournable donc !

1. Dès que le vent soufflera

C'est avec un mi mineur plaqué sur une guitare sèche que la chanson nous accueille. "Dès que le vent soufflera" est une chanson extraordinaire, un véritable accoutumant à Renaud. Je ne compte plus les copains que j'ai convertis grâce à cette chanson. Je ne compte pas les gens qui répondent "c'est la mer qui prend l'homme" quand on commence à chanter "C'est pas l'homme qui prend la mer...". En quelques secondes, l'album se révèle. On sent la rigueur, le professionnalisme, l'artiste qui maîtrise un peu mieux son art à chaque nouvel album. Certains disent que cette chanson est une forme d'hommage à Hugues Aufray où l'élève aurait dépassé le maître. Il y a peut-être un peu de cela mais c'est surtout pour l'auteur l'occasion de nous faire partager une de ses passions: la navigation. Et tout fonctionne merveilleusement bien. La musique emmenée par l'accordéon d'un Jean-Louis Roques, qui s'affirme ici comme un incontournable dans la musicalité renaudienne, colle parfaitement aux paroles et ces dernières, bien qu'assez neutres et sous-engagées, remplissent parfaitement leur seule mission: "sonner vrai". Renaud reste cependant Renaud et gratifie ses refrains de fautes de français voulues, qui sont à cette chanson ce qu'est son grain de beauté à Cindy Crawford, ainsi que de jeux de mots démystifiants. Aujourd'hui, cette chanson est toujours une des plus attendues lors des concerts et le sera encore sans doutes longtemps. A ne rater sous aucun prétexte donc ! Je terminerai par une question: de cette chanson a été tiré un vidéoclip qui a été pour moi la première occasion de voir Renaud "mobile", et je me souviens qu'on le voyait devant la statue d'un marin qui semblait scruter le lointain... qui peut me dire où cette statue se trouve ? Merci d'avance !

2. Deuxième génération

Deuxième chanson de l'album, "Deuxième génération", loin d'être une chanson de deuxième zone, est un véritable deuxième chef-d'oeuvre de l'album ! Il faut dire que la chanson profite de l'expérience d'autres chansons que nous avons croisées dans les albums (ne devrait-on pas dire "alba" ?) précédents pour ne pas réitérer les mêmes erreurs et c'est une oeuvre pleinement aboutie qui nous est livrée ici. La musique, sobre à souhait mais magnifique, révèle le côté "à plaindre" et désespéré du personnage. Les paroles ont gardé le côté narratif que Renaud sait si bien manipuler mais sont calculées au plus juste et se fondent magnifiquement dans l'ensemble. La construction n'est pas en reste et renforce encore la cohésion de l'ensemble. Et aujourd'hui encore, le récit de la vie de ce fils d'immigré perdu dans la modernité et la réalité est toujours aussi attendu par les fans lors des concerts. A ne rater sous aucun prétexte non plus donc...

3. Pochtron

Renaud ne l'a jamais caché, il aime la dive amphore et "Pochtron" semble sous ce point de vue, une chanson parfaitement autobiographique bâtie sur l'ensemble de ses non-souvenirs. Que dire d'autre si ce n'est que cette chanson doit se sentir à l'étroit entre deux oeuvres majeures de l'album mais s'en sort plutôt bien. Une musique bien sympathique, bien que pouvant faire office de caricature de la chanson française aux yeux des étrangers (je pense en particulier aux Américains qui assimilent volontiers la chanson française à un accordéoniste qui joue devant un bateau-mouche dans la brume d'un matin parisien !), des paroles bien construites autour d'une histoire bien narrée, quelques trouvailles qui font d'une chanson une chanson de Renaud. Bref, une chanson qui me plaît beaucoup mais qui ne ressort plus très souvent en concert, la faute sans doute à la concurrence !

4. Morgane de toi

Chanson ayant donné son titre à l'album, "Morgane de toi" est un véritable incontournable de Renaud, présent dans pratiquement chaque concert depuis sa création. Plus que çà, la phrase mélodique principale de la chanson d'introduction fait partie aujourd'hui de la culture musicale française. Pourtant, si l'on prend du recul, on constate que la mélodie, sans les paroles, ou les paroles, sur une autre mélodie, n'auraient vraisemblablement pas eu le succès qu'elles ont connu ensemble. Peut-être est-ce là le véritable miracle de cette chanson, cette osmose un peu forcée mais qui se réalise à la perfection dans la bouche de Renaud. Une autre chose a un peu aidé la chanson: il est assez rare d'écrire une chanson si vraie, sur le simple regard d'un père qui regarde jouer sa fille dans un bac à sable. Nous sommes à mille lieues des habituels chagrins d'amour. C'est à une projection super-8 de la vie de sa fille que Renaud nous invite et nous invitera, album après album. Ce partage d'intimité avec son public est aussi une caractéristique marquante de Renaud et se renforcera au fur et à mesure des albums qui suivront. En attendant, ne nous privons pas de réécouter une fois de plus cette chanson...

5. Doudou s'en fout

Renaud a replongé la main dans la pochette surprise des musiques des îles où il avait déjà puisé la mélodie du 'Père Noël noir" pour en tirer la ligne musicale de cette chanson. Mais cette fois-ci, il a eu la bonne idée d'y coller des paroles en relation et cela se sent immédiatement. Même si la scène se passe à Paris, l'histoire de cette "Doudou" qui n'attend qu'une chose: prend

 


les albums, analyse personnelle Le retour de Gérard Lambert (1981)

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 00:19

Renaud - les albums, analyse personnelle par Dany Isenguerre

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Le retour de Gérard Lambert (1981)

Troisième album en trois ans (!), "Le retour de Gérard Lambert" est la suite logique de "Marche à l'ombre" mais préfigure déjà les deux albums suivants et c'est pour cela que je l'associe volontiers à ce que j'appelle le plus beau triptique de Renaud. L'ambiance bande dessinée est toujours présente (je viens d'ailleurs de me rappeler que le dos de la pochette est en fait un dessin digne d'une bd) mais l'ensemble est beaucoup plus sérieux, presque austère parfois. La côté purement narratif va céder peu à peu le terrain au côté engagé, Renaud ne sera bientôt plus un loubard que par procuration. Est-ce l'apparition de la dédicace "A Lolita..." qui explique cela ? Ce disque est également le dernier à avoir été enregistré avec des moyens qui sonnent limités, ce qui augmente encore le côté charnière de l'oeuvre. Je ne pense toutefois pas que ce disque soit le meilleur de Renaud. Et même si "Manu" est encore bien présent dix-huit ans plus tard, réclamé à corps et à cri par les fan à chaque concert, la plupart des chansons de l'album n'ont pas survécu plus de cinq ans aux concerts. Un album à conseiller indiscutablement à ceux qui ont déjà d'autres albums de Renaud car indispensable dans la compréhension de l'évolution de l'artiste mais à ne pas trop conseiller comme album de découverte.

1. Banlieue Rouge

Enième description de la vie morose des cités dortoirs, "Banlieue rouge" est une honnête chanson d'introduction d'album qui commence malheureusement à sentir un peu le réchauffé. L'optique choisie est cependant originale: la ménagère de plus de cinquante ans, veuve et isolée dans l'immensité de l'indifférence générale. Mais plusieurs choses rendent cette chanson un peu maladroite: la musique par exemple, qui sonne plus "colère" qu'indiférence et résignation; les fins des refrains, qui semblent avoir été pénibles à trouver; des thèmes souvent entendus qui reviennent peut être une fois de trop ou trop vite. Dans le même genre "Deuxième génération" sera incontestablement plus réussi. Il en reste cependant une superbe narration, une de plus, criante de réalisme froid et que les générations futures s'amuseront sans doutes à analyser.

2. Manu

Renaud est de la race des grands de la chanson. Et ceux qui en doutaient encore ne peuvent qu'être convaincus par la chanson "Manu" qui vient se glisser sur la même marche que "Jeff", de Jacques Brel, dont elle s'inspire intelligemment, évitant le plagiat facile, ajoutant des émotions propres à l'artiste. La musique, bien que simplissime, aide magnifiquement les paroles à faire ressortir ce que les protagonistes ont sur le coeur. Les paroles justement tapent juste pour le monde de Renaud, cela faisait longtemps d'ailleurs que l'on n'avait plus autant senti le "personnage Renaud" au travers de ses paroles. Il résulte de tout cela une oeuvre qui se classe sans hésitation dans le top 5 de l'artiste, qui passe les années sans prendre de ride (être intemporelle aide souvent au succès d'une chanson) et qui, concert après concert, est toujours aussi réclamée par le public (principalement par les filles semble-t-il). A consommer sans modération donc !

3. Le retour de Gérard Lambert

Chanson ayant donné son titre à l'album, "Le retour de Gérard Lambert" fait partie de cette catégorie de chansons dont on attend beaucoup mais qui nous laissent un peu sur notre faim. L'utilisation de son titre pour l'album semble s'assimiler alors à un coup marketing du genre "Voici, entre autres, la suite des aventures de Gérard Lambert, ce loubard déjanté qui vous avait tant amusé dans l'album précédent". Mais le but n'est qu'à moitié atteint. Bien sûr l'humour est toujours présent. Bien sûr la musique aux sonorités médiévo-gothiques suit parfaitement les paroles de la chanson. Mais ce n'est plus le Gérard Lambert de l'album précédent. Ce n'est plus le loubard qui s'en va sur sa mobylette pétaradante vers la grande aventure qu'il s'invente à grands coups d'énergie tel un Don Quichote. Non, Gérard Lambert a préféré échanger sa monture contre une Simca 1000 pourrie, semble s'être embourgeoisé et va passer la chanson à subir passivement les événements. Une suite peut-être inutile mais qui a le mérite d'exister. A quand la chanson qui nous racontera ce qu'il est devenu ?

4. Le Père Noël noir

Bon, soyons directs. Etrange chanson que ce "Père Noël noir" ! Déjà, le choix du rythme jamaïcain, que Renaud semble avoir gagné dans une pochette surprise pour le placer directement sur l'album, peut surprendre... mais pourquoi pas, ne vaut-il pas mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets ? Les paroles ensuite. Une chose frappe immédiatement, cela sonne plus 'Coluche' que 'Renaud'. Est-ce la première preuve d'une influence qui se confirmera, se matérialisera plus tard dans l'album ? A côté de ces questions existentielles, le contenu semble anecdotique et le pseudo-sketch qui nous est présenté sur fond de musique des îles passe tant bien que mal. Une chose attire cependant l'esprit, une petite phrase anodine: "le Père Noël, il n'est pas noir, il est normal" . Même si le contexte humoristique peut servir de filtre atténuateur, second-degrésique, il est étonnant d'entendre des mots qui vont à l'encontre des opinions avouées de Renaud. Certains avaient déjà peut-être ticqué dans "Banlieue rouge" en entendant les paroles "en cas de guerre, en cas de crise, ou de victoire de la gauche"... à contre courant de ses opinions actuelles. Renaud aurait-t-il changé d'opinion en mai 1981 ? Si quelqu'un peut m'expliquer, qu'il n'hésite pas !

5. J'ai râté téléfoot

Nous nageons ici en plein réalisme tendance naturalisme. "J'ai râté téléfoot" est assez révélatrice du changement de cap amorcé par l'album. Renaud s'est embougeoisé, passe plus de temps à la maison au détriment des bistrots et peut maintenant décrire dans ses chansons des scènes de sa vie quotidienne. Est-ce la paternité qui a provoqué ce changement ? Sans doutes. L'âge aussi peut-être... Toujours est-il que le décor de la chanson est on ne peut plus simple: un fauteuil, une télévision, les boissons à portée de main et l'épouse qui passe et repasse. Et malgrè la pauvreté des ingrédients, nous obtenons une chanson, véritable tranche de vie qui fait déjà office aujourd'hui de cours d'histoire (qui ne se souvient pas de ces attentes interminables avant "Téléfoot"), qui n'est pas trop désagréable à écouter, même si elle a complétement disparu du répertoire classique Renaudien. La musique, bien qu'un peu faible, est suffisamment entrainante et colle bien à la situation qui tourne sans cesse sur elle-même. Les paroles enfin ont le mérite et l'avantage de ne pouvoir qu'être de Renaud.

6. Oscar

Chanson dédiée au grand-père chtimi, "Oscar" est le moyen pour Renaud de rendre hommage à quelqu'un qui semble l'avoir fortement influencé, à cette homme qui vient du "pays où habite la pluie, chtimi jusqu'au bout des nuages". Et il y arrive bien le bougre. L'artisan des mots est en pleine forme et même si les vérités crues empêchent parfois un enrobage délicat, l'ensemble s'écoute avec plaisir. Seule la musique, trop commune et sans grande imagination, se situe un peu en retrait. "Oscar" restera confiné à l'album, c'était probablement son but.

7. Mon beauf

Voici une chanson que j'aime beaucoup ! La tendance aux sujets sur la vie de famille se confirme et Renaud nous brosse ici le portrait d'un beau-frère qu'on espère imaginaire, un "Beauf à la Cabu" comme il l'explique à la fin de sa chanson. Et c'est vrai que Cabu semble l'avoir plus qu'inspiré (il est amusant de noter que l'inspiration inverse semble avoir également fonctionné et que le fils de Cabu, Mano Solo, est aujourd'hui un artiste que l'on range volontier dans la nouvelle vague des Renaud-like). A l'écoute des paroles, c'est le français moyen tel qu'on peut le retrouver dans les caricatures du"Canard enchaîné" qui se dessine avec, pour seules caractéristiques, ses défauts. La musique suit parfaitement le côté dédaigneux des paroles et l'ensemble, bien qu'un peu répétitif, se laisse écouter. Cependant, si cette chanson se place souvent sur les "best-of" de Renaud et fait partie de celles auxquelles on pense quand on pense à l'artiste, elle a pratiquement disparu des concerts. Ce contraste s'explique peut-être par le manque de finalisation du texte où certaines paroles sont serrées au maximum pour entrer dans la mélodie et par le manque d'ambition de la chanson, qui l'empêchent de peu de faire partie des véritables incontournables.

8. La blanche

Difficile de ne pas faire le rapprochement entre "La blanche" et "Petite conne" qui arrivera dans deux albums. Cependant, même si le fond est le même (le problème de la drogue), le traitement est différent. C'est à une personne occupée à se détruire mais encore vivante que Renaud s'adresse ici. Encore une fois, on sent le Renaud mûri. S'il croise encore ses potes sur le comptoir d'un troquet, c'est parfois pour parler de problèmes sérieux, pour donner son avis; pour donner des conseils. Plus question de se contenter de regarder Bob jouer au flip'. Dans cette optique, "La blanche" est une magnifique chanson d'amitié qui paye malheureusement les pots cassés pour "Petite conne" qui l'effacera bien vite du répertoire renaudien. La faute peut-être à une musique assez académique, limitative et peu inspirée, même si elle colle aux paroles. La faute peut-être aussi à ces paroles qui sont un cran en dessous du niveau d'un renaud au mieux de sa forme, trop descriptive, pas assez engagées. Il reste de tout cela une chanson à l'image de l'album: à conseiller principalement à ceux qui aiment déjà Renaud et veulent approfondir leur connaissance de l'artiste.

9. Soleil immonde

Fait rare, voire unique (?) dans l'oeuvre de Renaud, "Soleil immonde" est une chanson pour laquelle Renaud n'est que l'interprète, musique et paroles étant l'oeuvre d'un autre artiste. En l'occurence, cet autre artiste n'est pas n'importe qui. Sous la signature de Michel Colucci, tout le monde aura reconnu Coluche, le célèbre humoriste français que la vie nous a trop rapidement enlevé. Et cette non paternité se sent très vite dans la chanson. La musique manque d'expérience mais, pour quelqu'un qui n'en faisait pas son métier principal, elle n'est pas mal du tout. Les paroles ont le mérite de l'originalité mais n'ont pas cette magie qui caractérise la plupart des paroles de Renaud, là aussi le manque d'expérience semble être le principal responsable. Heureusement, l'ensemble s'adapte parfaitement à la voix de Renaud qui parvient même à y placer des accents propres à Coluche dans l'enchaînement de certaines syllabes. Comme il fallait cependant s'y attendre, cette chanson a rejoint les autres oeuvres de l'album au club des chansons qui s'oublient. Une marque d'amitié sans prétention à découvrir donc.

10. Etudiant, poil aux dents

Enfin une chanson ouvertement engagée ! Mais quel drôle de sujet... Pourquoi s'en prendre ainsi gratuitement aux étudiants ? Serait-ce par un souci gratuit d'anarchie, par pure provocation, par démagogie vis-à-vis de ceux que Renaud estimait former son public majoritaire, par jalousie bête et méchante ? Est-on au contraire face à un Renaud au sommet de son art et de ses opinions, invectivant ceux qui formeront le pouvoir de demain à la seule force d'un diplôme, sans connaissance exacte du terrain avec les conséquence que cela peut avoir et a déjà eu ? Le tout fait toutefois un peu gros pour être totalement crédible, mais c'est peut-être un garde-fou volontaire et bienvenu. Musicalement, la mélodie est très agréable et les breaks musicaux en forme de revendication gréviste aux allures de mai 68 est une trouvaille pleine d'originalité. La carrière de cette chanson sera pourtant courte: elle sera juste reprise sur le live qui suivra l'album et sombrera rapidement dans l'oubli. A écouter cependant, juste pour savoir que. Il faut toujours savoir que.

11. A quelle heure on arrive ?

Chanson on ne peut plus originale, "A quelle heure on arrive ?" raconte l'ambiance des tournées quand celles-ci commencent à user leurs protagonistes. La description du car qui transporte l'équipe retranscrit parfaitement l'ambiance que l'on s'attend à y trouver et la musique lente, tendrement violente, irritante, amplifie merveilleusement la fâtigue et la lassitude des passagers. Trop même. La chanson en devient presque indigeste, difficile à écouter pour le simple plaisir de l'écoute, ce qui explique vraisemblablement sons manque de suivi en dehors de cet album. Mais encore un fois, les fans y trouveront leur compte. Un bel exercice de style donc, à ranger dans la catégorie "art et essai".

Le car s'éloigne, l'album se termine. Et nous restons là, sur le bord de la route, avec dans la bouche une impression de trop peu. Depuis ses débuts, Renaud a incontestablement mûri, musicalement, personnellement. Il ne manque plus qu'un petit quelque chose pour le transformer définitivement en star, pour le faire aimer même des non-initiés. Sera-ce pour l'album suivant ? Wait and see... En tout cas, moi, je vous y attends avec impatience !

 

 

 


les albums, analyse personnelle Marche à l'ombre (1980)

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 00:13

Renaud - les albums, analyse personnelle par Dany Isenguerre

clic pour acceder à Son site  http://www.isenguerre.com/index.htm

 

Marche à l'ombre (1980)

Wow ! Il nous avait caché ça le bougre ! C'est sûr maintenant, "Ma gonzesse" est sorti trop vite, sans doutes pour des raisons commerciales, et on y a fourgué les restes pour garder le meilleur pour ce nouvel album ! Si je vous dit "Marche à l'ombre", "Les aventures des Gérard Lambert", "Dans mon HLM", "La teigne", "Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?", "It is not because you are", "Baston!", "Mimi l'ennui", "L'auto-stoppeuse", vous me répondez "ben, ce sont des tubes de Renaud, wah hé l'aut' hé !" Et si je vous répond "Toutes ces chansons sont sur un et un seul album !". Vous me dévisagez alors ! Pas possible, on ne sort pas un album dont chaque chanson ou presque devient un classique, un best-of avant la lettre ! Hé bien si ! "Marche à l'ombre" en est le meilleur exemple. C'est un album fabuleux, une véritable flèche de Cupidon pour fan en manque de références. L'artiste prend une nouvelle dimension, bien plus grande que l'ancienne. Le personnage s'affirme définitivement. Et si le parolier hésite encore à s'engager, le musicien gagne en expérience, en inventivité, en qualité de composition. Bref, un premier grand tournant dans la carrière de Renaud, un album à ne manquer sous aucun prétexte !

1. Marche à l'ombre

Ah, toujours cette image de loubard qui suit Renaud, au point de monopoliser la couverture de l'album (au fait, avez-vous remarqué l'apparition du bandana ?)... Cependant, il a bien changé le loubard. Il n'hante plus la banlieue sauvage sur sa mob chouravée mais semble passer sa vie au bistrot, inoffensivement. Il délègue ses aventures à d'autres personnages. D'acteur, le personnage est devenu spectateur et narrateur, comme dans toutes ces bonnes séries où le vrai héros est celui qui en fait le moins mais sert de liant à une multitude de personnages satellites (que Tintin est plat si on le compare au capitaine Haddock !). Le style aussi a évolué. Dès les premiers accords, on sent que quelque chose a changé, ce n'est plus la même sonorité, la même époque, la même ambition. De même, le langage a changé et "Marche à l'ombre" est un véritable chef d'oeuvre de l'argot chanté. Je mets au défi un non francophone (et même certains francophones) de comprendre le premier couplet. Mais la magie opère et la musicalité est là ! Cette chanson a rencontré un énorme succès et a fait l'objet de nombreuses reprises en concert. Pour ma part, ma version 'live' préférée est celle du pot-pourri de la vidéo "La chetron sauvage". A découvrir absolument donc !

2. Les aventures de Gérard Lambert

Chanson importante à plus d'un titre. Les "aventures de Gérard Lambert" est un pur délire du non-sens renaudien digne d'un univers de bande dessinée, un peu comme le reste de l'album d'ailleurs. Gérard Lambert, un invraisemblable anti-héros (?) vient ici rejoindre "Germaine" dans la gallerie des portraits dont Renaud nous gratifiera tout au long de son oeuvre. Toutes les références 'basiques' de Renaud se retrouvent dans la chanson mais ce n'est plus le chanteur qui subit ici ce qu'il dénonce, c'est un personnage 'ordinaire'. Et quel personnage ! Nous ne somme plus en présence de la simple narration d'une histoire "réaliste" mais bien d'un véritable film, ou plutôt dessin animé, dont chaque scène est présentée de manière à favoriser notre interprétation caricaturiste, notre imagniation la plus délirante. Quelques références inattendues viennent encore renforcer cette sensation d'impossible réalité (la rencontre avec un loubard aux cheveux blonds qui se prend pour le "Petit Prince", par exemple). Musicalement, la mélodie est malheureusement un peu faible. C'est peu être ce qui a empêché cette chanson de devenir un véritable incontournable. Néanmoins, c'est une oeuvre à découvrir absolument car elle est à mon sens à peu près seule sur sa branche dans l'arbre de la chanson française.

3. Dans mon HLM

Attention, chanson culte, reprise sur pratiquement tous les 'lives' ! Le principe de base est pourtant simple. Prendre 4-5 accords, une mélodie simple et répétitive et décrire l'HLM qu'habite le loubard Renaud du rez-de-chaussée jusqu'au huitième, étage par étage. Et bien ça marche ! La gallerie de la faune que nous décrit le chanteur est vraiment savoureuse. Toutes les tendances y passent, du raciste au baba-cool en passant par le communiste et le yuppie pour finir par Germaine ! Encore une fois, nous sommes en présence d'une description, encore une fois, les mêmes thèmes sont déclinés sous une forme légèrement différente. Pourtant, la structuration de la chanson, la qualité du texte et la mise en phase de l'oeuvre avec son époque en ont fait un incontournable de l'artiste, une référence que l'on étudiera dans les écoles sans doutes dans cinquante ans et plus. Quand je vous disais que l'album était extraordinaire !

4. La teigne

Si j'étais bêtement méchant et impulsif, je dirais "ah, une chanson qui a trois albums de retard !". Cependant, une audition révèle très vite que l'artiste a réalisé d'énormes progrès depuis ses premiers textes et qu'il est maintenant capable de faire passer n'importe quelle émotion avec un maximum de vraisemblance. Le pari était pourtant difficile car cette chanson vient s'intercaler entre deux feux d'artifice ! Mais le pari est réussi et nous avons ici droit à une pause tendresse bienvenue. Certains reprocheront à cette chanson d'être un peu en retrait par-rapport au reste de l'album, de faire tâche, là, en plein milieu. Qu'ils imaginent l'album sans et ils verront alors que la cohérence en aurait étrangement souffert. Dès lors, il n'est pas étonnant pour moi que cette chanson ait été reprise sur le live 'Paris Province' en 1995, soit 15 ans après sa création !

5. Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?

J'espère pour lui que Renaud portait des gants de protection lorsqu'il a écrit cette chanson tant l'encre de son stylo semblait acide. Pour reprendre une de ses expressions favorites, il semblait véritablement "énervé par la colère". Quelle drôle de chanson, vraiment, quelle drôle de chanson ! Le début de l'oeuvre, lancé par un accord saturé de guitare électrique permettant à la forme de rejoindre le fond, semble être une lettre ouverte à la critique bien pensante de l'époque. Très vite cependant, on retombe sur un ersatz d'"Hexagone" mais la chanson n'est jamais lassante, sans doutes grâce au style décapant, direct, à la musique équilibrée et pleine, à l'ambiance qui nous pousse à en redemander encore et encore. Cependant, à part sur la tournée de promotion de l'album et le live "un olympia pour moi tout seul", cette chanson ne sera jamais reprise en public (sauf un court extrait sur "Paris Province"). Un "one-shot" ?

6. It is not because you are

Qui d'autre que Renaud pourrait oser composer ce genre de chanson franglaise ? Personne ! Quoi ? Que me dites-vous ? Aznavour avec son "for me formidaaable, very véritaable" ? Non, il n'oserait pas y mettre la dérision et pousser le vice jusqu'à faire de l'humour avec un slow. Seul Renaud je vous dis ! Je me rappelle d'un cours d'immersion totale donné par une pure anglaise installée depuis peu à Bruxelles et ne parlant pratiquement pas un mot de français. Je cherchais en vain à m'expliquer et j'ai fini par prononcer "The...heuu... the trottoir". "Are-you Renaud" m'a-t-elle alors répondu ? Sinon, que dire d'autre de la chanson ? Une jolie petite mélodie, coulée dans le moule classique du slow, une pseudo histoire d'amour qui sert exclusivement de prétexte à des paroles inimaginables qui ne se décrivent pas mais s'écoutent et se découvrent ! Renaud prétend qu'il s'agit d'une satyre des slows habituels, je pencherais plutôt pour le pure délire ! Passons à la next chanson.

7. Baston !

Bon, tout n'est pas si rose que cela dans ce bas monde et ce n'est pas le pauvre Angelo de la chanson qui nous contredira ! Chanson contre l'exclusion, mais aussi contre le système, baston aurait pu devenir une référence. Mais il lui manque peut-être un peu d'homogénéité, de constance. On passe brusquement de couplets lents, interminablement calmes, sans reflet de la colère qui est censée monter à des refrains violents et appelant à la violence. Dans le même genre, "Deuxième génération" sera inconstestablement plus réussie, plus homogène et effacera "Baston!" de la majorité des concerts. Laissons toutefois à "Baston" la circonstante atténuante d'être un premier jet, une première ébauche du sujet et nous constaterons alors que c'est une chanson propre, bien loin d'être râtée.

8. Mimi l'ennui

La fin de l'album s'essouffle un peu et "Mimi l'ennui" en est la principale victime. A la base, le portrait d'une fille sans but ni envie est un sujet audacieux mais la forme pêche malheureusement un peu. En effet, si les paroles et la diction rendent parfaitement le côté las et désespéré de la chanson, la musique ne parvient pas à convaincre. En grattant un peu, on sent que le problème est plus à rechercher du côté de l'orchestration que du côté de la composition. Les enregistrements de studio cherchent parfois plus à ne pas déplaire qu'à plaire et cette chanson semble être un exemple râté d'asseptisation. Dommage, mille fois dommage. Reste des paroles qui valent la peine d'être lues. Une chose frappe néanmoins, l'ambiance 'bande dessinée moderne' de la narration.

9. L'auto-stoppeuse

Cette chanson est un bon résumé de l'album: on y retrouve la description d'une personne un peu 'zone' qui croise le chemin de Renaud et que celui-ci nous décrit sans rien prendre au sérieux tout en décochant au passage quelques flêches enflammées sur certaines personnes et réalités. Mais le résumé tend parfois vers la caricature et cette chanson confirme une fois de plus le côté un peu 'vite bouclé' de la fin de l'album. Il n'en reste pas moins une chanson bien sympathique que les rythmes 'rock' rendent entraînante et peu lassante. Remarquons au passage la critique d'une génération post soixante-huitarde molle, tendance hippies ("des vieux chnoques de vingt-cinq berges") et surtout l'attaque personnelle contre l'entreprise de restauration d'un homme, Jacques Borel, déjà caricaturé par Tricatel dans le film "L'aile ou la cuisse".

10. Pourquoi d'abord ?

"C'est vrai qu'elle est un peu bâclée, c'est parc'que sur mon disque, des chansons j'en avais qu'neuf et y m'en fallait dix". Telles sont les dernières paroles en forme d'excuse de cette chanson. Cependant, Renaud aurait pu se contenter d'une nouvelle "Petite fille des sombres rues" mais ce n'est pas connaître l'artiste que de croire cela. Ainsi donc, sur un air "Louis XIV", parfois exagéré à l'extrême, Renaud passe de manière incessante de la voix de gorge à la voix normale pour interprêter le dialogue délirant entre un jeune otage et son ravisseur. Les rimes sont facultatives, l'histoire un prétexte, les critiques ciblées. Et si le côté désinvolte et bâclé de l'oeuvre n'était qu'un filtre chargé d'adoucir le fond parfois un peu trop acide de la chanson ? Peut-être, peut-être pas. Chacun se fera son opinion.

L'album se termine déjà, bien trop vite. Après les trois premiers albums, nous venons de prendre un virage à 90 degrés et trois nouveaux albums nous attendent désormais dans la ligne droite qui se présente à nous, l'artiste va prendre sa vitesse de croisière pour ce que certains, dont je fais partie, estiment être sa plus belle époque. Bonne route !


Renaud dans Tenue de soirée le 24/11/07

Vidéo Renaud Télé — Par deserteur39 @ 12:39

RENAUD LE GRAND JOURNAL HEXAGONE INTERVIEW

Vidéo Renaud Télé — Par deserteur39 @ 02:20

RENAN LUCE EXTRAIT DU CONCERT A LA CIGALE M6...

Renaud la cigale 2007 — Par deserteur39 @ 12:13

 

 


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