deserteur39

Analyse de l'oeuvre de renaud MA GONZESSE

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 13:18

 

Analyse personnelle par Dany Isenguerre

 

 

Ma gonzesse (1979)

Troisième album de Renaud, "Ma gonzesse" ne poursuit pas, contre toutes attentes, la marche en avant entamée avec le deuxième opus mais marque un point de stagnation, voire un léger retour arrière. Globalement, c'est un album plus sombre qui semble avoir été difficile à produire dans le chef du chanteur. Certaines chansons sentent un peu la fin de stock, d'autres semblent s'être perdues, au point d'empêcher une bonne cohésion globale. Peut-être est-ce là la cause du quasi-oubli dans lequel la plupart des chansons de l'album semblent être tombées aujourd'hui.

1. Ma gonzesse

Chanson titre de l'album. Nous continuons la visite des sentiments du chanteur, entâmée avec la "bande à Lucien" sur l'album précédent. Cette fois cependant, il ne s'agit plus d'amitié mais bien d'amour. Le chanteur nous livre une partie de son intimité, se rendant par la même occasion plus proche de nous, plus réel. C'est également l'occasion pour Renaud de confirmer une fois de plus son talent de parolier. Là où la plupart sont obligés d'abuser de paroles parfumées, de sirop de guimauve et de violons pour finalement accoucher d'une chanson où les sentiments semblent aussi crédibles qu'un ministre en campagne électorale, Renaud parvient avec une mélodie toute simple, des mots simples, voire anti-romantiques (je pense en particulier à "cassoulet") à écrire une chanson vraie et terriblement romantique, dans le noble sens du terme. De toutes les chansons de l'album, "Ma gonzesse" reste celle qui a le mieux subi le poids des années.

2. Sans dec'

Et une chanson-gag, une ! Nous avons droit ici à des couplets dont la seule raison d'exister est d'amener un jeu de mot aussi lourd que final. Après l'intermède romantique de la première plage, "Sans dec'" nous invite à penser que nous sommes en présence d'un album de la même veine que le précédent, où pratiquement tout sera destiné à être tourné en dérision. Il n'en sera rien, ou presque. Que retenir d'autre de cette chanson si ce n'est qu'elle est tombée dans l'oubli le plus total, malgré une mélodie propre, sympathique et une orchestration qui gagne en légéreté.

3. La tire a Dédé

Nostalgie quand tu nous tiens ! Après le souvenir de la "bande à Lucien" (encore ?), voici celui de la "tire à Dédé". On pourrait craindre que ces deux chansons fassent double emploi mais il n'en est rien, ou si peu. Le principe est le même et sera de nombreuses fois encore utilisé et réutilisé par Renaud. Cependant, le sujet passe du personnel au semi-impersonnel et le sens descriptif s'améliore. La concentration d'informations est impressionnante mais passe bien, comme d'habitude. Seule la musique ne colle pas parfaitement aux paroles, la mélodie du couplet semblant annoncer un refrain optimiste qui ne vient pas. Le choix des instruments amplifie cette impression. Il reste de tout cela une chanson que j'apprécie toutefois énormément.

4. Chtimi rock

Trop Parisien Renaud ? Certainement pas ! Il a du sang chtimi dans les veines et même si nous sommes encore très loin de l'album "Renaud cante el' nord", nous avons ici droit à un avant-goût assez déroutant. En effet, voici une chanson dont le but premier n'est pas de faire chanter les foules et qui ne transporte pas de véritable message. Que reste-t-il alors ? Les textes ? Ils manquent un peu de relief, d'inventivité et, si le but était d'être comique, d'autres chansons pourtant plus anciennes ont été déjà nettement plus réussies. La musique ? Elle est assez prévisible et académique. De plus, la voix n'a pas la force ni le dynamisme nécessaire à supporter ce genre de rock. Quoi alors ? Vraisemblablement un besoin d'élargir son public et de ne pas se cantonner à une région. Sans doutes également un besoin de "démystifier" dont le summum sera atteint avec la dernière plage de l'album.

5. J'ai la vie qui m'pique les yeux

Aie ! Comment est-il possible, après avoir écrit "Ma gonzesse", de retomber dans un romantisme aussi gratuit ? Evidemment, certains me diront "oui, mais on sent le chanteur qui a pris de l'expérience, la chanson est sombre et il n'a plus peur de parler de ses propres sentiments", ce que je ne peux qu'approuver. Cependant, cette chanson que l'on aurait pu retrouver sur "Amoureux de Paname" sent aussi le bouche-trou, la précipitation, l'anti-démonstration du côté marginal du chanteur. Bref, un immense retour arrière à oublier !

6. C'est mon dernier bal

Ouf, la plage suivante est de nature à nous rassurer. Voici enfin du Renaud pétillant, blouson de cuir et mobylette dans un décor qui est celui qu'il veut bien se donner. Cette chanson est également pour le chanteur une nouvelle occasion de se diversifier. Après le rock, place au twist ! Je ne m'attarderai pas sur les paroles, sans prétention mais encore une fois magnifiques de narration, ni sur la musique dansante à souhait. Le but de la chanson est de distraire (peut-être de frapper les oreilles lors de la promotion radio) et elle y parvient parfaitement. Une chose me chiffonne pourtant: tout prédisait cette chanson à être la dernière plage de l'album et elle se retrouve dans son ventre mou. Sans-doutes vient-elle à point nommé pour réveiller l'auditeur après un début d'album un peu plat. Renaud lui réservera cependant l'honneur de clôturer son pot-pourri sur le live de 1986 avant de l'oublier petit à petit.

7. Le tango de Massy-Palaiseau

Prenez le premier album, le deuxième, secouez, mélangez, puis coupez en deux et servez chaud. Telle pourrait être l'inspiration du "Tango de Massy-Palaiseau". On retrouve ici le décor et la symbolique du premier album légérement tintés par la dérision et le non-sérieux du deuxième. Ce qui est étonnant, c'est que ce mélange qui prenait plus ou moins bien jusqu'ici commence à ne plus réussir. Le chanteur semble s'engager dans un cul-de-sac dont il aura bien vite l'intelligence de sortir. Peu de chose à dire en plus sur cette chanson sans prétention qui semble être surtout un nouveau moyen pour gagner une plage.

 

8. Chanson pour Pierrot

Et pourtant, malgré le tableau peu réjouissant tenu jusqu'ici, nous sommes sur une oeuvre d'un très grand chanteur et "Chanson pour Pierrot" va nous le prouver. Je pense que ceux qui se sont déjà levés de leur chaise en m'entendant critiquer l'une ou l'autre chanson vont ici mieux me comprendre. Prenez un sujet "j'ai très envie d'avoir un fils" et demandez à plusieurs chanteurs de composer une chanson sur ce thème. Combien parviendront avec des mots on ne peut plus simples et des effets réduits au maximum à générer une chanson de la densité de celle-ci ? Combien encore parviendront-il à en profiter pour renforcer leur propre image ? Si romantisme il y a, il n'est ici ni gratuit ni forcé, il est juste merveilleusement implicite. Et même si la vie a finalement réservé un mauvais clin d'oeil à cette chanson, il n'en reste pas moins une oeuvre très forte que chaque fan de Renaud se doit de connaître.

9. Salut manouche

Décidément, la fin de l'album nous réserve de bonnes surprises. J'ai déjà parlé de ce que je considère comme étant les deux périodes principales de Renaud: l'avant et l'après "Putain de camion". Je subdiviserais encore la première partie entre les trois premiers albums et les autres, même si cette seconde séparation est plus légère, plus subjective. Nous sommes donc ici en présence de la dernière chanson de la première partie de la première période du chanteur ("Peau aime" n'étant pas à proprement parlé une chanson). Vous suivez ? Dans ce contexte, je trouve que "Salut manouche" est une réussite, un "au-revoir" de qualité. La musique est magnifique, le fond rejoignant la forme, légère et judicieusement hachée au niveau du rythme. Les paroles sont très légèrement en retrait mais permettent au chanteur de réutiliser une fois de plus les thèmes qui lui sont chers. Chose importante toutefois: Renaud ne semble plus utiliser la dérision du deuxième album mais semble plus sincère dans ses idées. Qu'en est-il vraiment ?

10. Peau aime

Voici une réponse qui n'en est pas vraiment une. Une succession de négations de négations. "Peau aime" n'est pas à proprement parler une chanson mais un texte à rimes vraisemblablement enregistré lors d'un des premiers concerts du chanteur. Du début à la fin, l'auditeur est emmené sur toutes les fausses pistes possibles et imaginables, sur les sentiers de la démistification totale. Qui est vraiment Renaud ? Ou plutôt, que n'est-il pas ? Oubliez les idées reçues, il n'est rien de tout cela, semble dire le texte. Et si le texte mentait ? Bref, impossible de se faire une idée si ce n'est que l'on ne peut être sûr de rien. Renaud le savait-il lui-même, lui qui avouera plus tard avoir longtemps cherché son public ? Une chose transparait toutefois, l'artiste pas un mauvais bougre mais quelqu'un de sympathique et fortement attâché à ses valeurs, un sentimental habillé de noir, un pessimiste comique. Les trois premiers albums ont surtout servi à planter le décor, à définir l'ambiance du chanteur, à essuyer les plâtres des débuts. Place maintenant au folklore d'où naissent les légendes, place à l'album suivant, place à "Marche à l'ombre".

Analyse de l'oeuvre de renaud LA PLACE DE MA MOB

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 21:52

Analyse personnelle par Dany Isenguerre

 

Le liens vers les textes de cette album


Place de ma mob (1977)

J'en entends déjà qui réagissent "comment ose-t-il affirmer que 'Place de ma mob' est le titre de l'album ???". Et ils ont raison ! Le deuxième opus de Renaud ne possède pas de titre officiel mais uniquement le nom de l'artiste. Cependant, une inscription "Place de ma mob" s'inscrit sur le décor de la couverture, ce qui a amené plus d'un fan à en faire le titre de l'album. J'en fais partie. Arrêtons toutefois de nous focaliser sur cette inscription et tentons de prendre un peu de recul. Une chose nous frappe alors immédiatement: quelle différence par rapport au premier album ! Le "titi de Paname" s'est presque complètement effacé devant une caricature de loubard en blouson et mobylette. On ne peut pas y croire, mais qu'est-ce que ça marche ! Le style des chansons a également changé, poursuivant le mouvement qu'avait amorcé la fin du premier album. Oublions le sombre et l'hyper-réalisme, pratiquement tout devient prétexte à l'humour et la dérision ! L'artiste est lancé.

1. Laisse béton

L'album commence très fort avec cette chanson mythique. Quand, dans son live au Zénith en 1986 (dont je vous conseille la vidéo mais surtout pas le CD), Renaud affirme "la chanson qui vient, c'est grâce à elle si vous êtes là et moi aussi, un peu...", il parle de 'Laisse béton' et il a sans doutes raison ! Je parlerai souvent de ce que je considère personnellement comme étant les deux époques principales de Renaud: l'avant et l'après "Putain de camion". En ce qui concerne la première époque 'Laisse béton' est pour moi la chanson qui rend le mieux l'image que Renaud a finalement décidé de donner de lui-même. Tous les clichés s'y retrouvent. Le bar, le blouson, la mob, les loubards, la castagne et, surtout, ce délicieux côté de faible qui joue au dur. Le premier album semble déjà oublié comme un péché de jeunesse. Ainsi, de la même façon qu'"Amoureux de Paname" introduisait et orientait le premier album, la chanson qui nous occupe semble être destinée à nous aiguiller vers une perception inédite du chanteur, vers un style qui s'affirmera et se précisera tout au long des albums suivants. Musicalement, nous sommes déjà rassurés: l'artiste a mûri. Le style est plus épuré, sonne mieux. Nous sommes passés du chanteur de rue à celui qui envisage maintenant une carrière.

2. Le blues de la porte d'Orléans

Gros problème cependant: peut-on complètement faire table rase du passé et décontenancer ceux qui ont apprécié le premier album ? La crédibilité ne passe-t-elle pas par la continuité ? "Le blues de la porte d'Orléan" semble avoir été écrit pour répondre à ces questions. Si l'accent est mis sur l'humour et la dérision qui dirigent pratiquement tout l'album, le contexte redevient parisien et, si les relents idéologiques du premier album sont toujours là, ils sont ici enveloppés de telle sorte qu'il faut être fan de la première heure pour en reconnaître la forme. Musicalement enfin, Renaud élargit son registre et nous offre pour la première fois un blues dans tout ce qu'il y a de plus classique, ponctué d'un "Oooh yeah" tout ce qu'il y a de plus faussement ricain.

3. La chanson du loubard

Première chanson 'sérieuse' de l'album. Les ingrédients restent à première vue les mêmes: banlieue, Paris, loubard, bécane. Mais c'est un côté plus sombre qui nous est ici présenté. A travers un personnage interprété à la première personne, c'est d'une classe sociale complète que l'on parle. Cette chanson est d'ailleurs la première dans la discographie de Renaud à évoquer un sujet social sur le mode 'réel' en lieu et place du mode 'réaliste'. L'artiste s'engage enfin personnellement, le désespoir d'un ensemble de personnes devient le sien. Et même si l'ensemble sent la récupération, on ne peut qu'apprécier vivement ce premier éclair. Que dire de plus sinon que cette chanson reste encore aujourd'hui une référence, justifiant parfaitement sa reprise intégrale sur l'album live "Paris-Province".

4. Je suis une bande de jeune

J'ai toujours eu personnellement un faible pour cette chanson. Une petite musique qui vous reste dans la tête et surtout un sujet délirant mais on ne peut plus original la composent. Cette chanson fait partie de ces oeuvres qui ont la tâche ingrate de fidéliser un public à un chanteur, de frapper sans se faire remarquer. Bien loin d'un cinquante millième "mon amour est parti, je suis désespéré" ou d'un soixante millième "Reviens je t'en supplie" dont certains nous inondent, nous avons ici droit à autre chose, à de l'inattendu, à du nouveau. Cerise sur le gâteau, la chanson se fond merveilleusement dans l'album et tous les thèmes déjà développés dans l'album sont à nouveau présents.

5. Adieu Minette

Petite chansonnette de creux d'album, "Adieu Minette" est là pour enfoncer le clou, pour confirmer le personnage du loubard anti-bourgeois et anti-militariste à ceux qui en doutaient encore. Le style est cependant intéressant, surtout si on le compare au "Petite fille des sombres rues" du premier album. Au travers du texte, Renaud prouve qu'il maîtrise maintenant l'art de la structuration globale des paroles, l'art de la narration, l'art de la dérision utile. Tout le talent de l'artiste est de faire passer son message en arrière-plan du sujet de la chanson. D'ailleurs, la balance entre l'avant et l'arrière-plan est ici particulièrement savoureux, nous sommes en flash-back permanent mais le tout reste étonnamment léger. Tout est fait pour nous conduire en roue libre vers la piste suivante.

6. Les charognards

On passe maintenant à la classe supérieure, dans cette catégorie des chansons qui marquent et restent. Tirée d'un fait divers authentique, "Les charognards" est, selon moi, un véritable chef-d'oeuvre. L'idée de base est cependant simplissime: observer et décrire une foule de curieux qui viennent s'agglomérer autour d'un fait divers. C'est ici que l'on mesure alors le talent de Renaud. C'est en effet à un véritable tableau en niveaux de gris du français moyen que nous avons droit. La scène, bien que terriblement statique vue de l'extérieure, nous est rendue ici extraordinairement dynamique. Nos yeux, guidés par nos oreilles, passent sans cesse d'un personnage à l'autre. L'idée de présenter la scène dans le chef de la personne à terre rend l'ensemble encore plus circulaire, encore plus claustrophobe. Quant au fond, il rejoint la forme pour finalement terminer la chanson sur une note optimiste, histoire de rééquilibrer un peu la balance. Du grand ouvrage !

7. Jojo le démago

Non, vous ne vous êtes pas trompés d'album, nous ne sommes pas sur "Amoureux de Paname" même si cette chanson en donne l'impression par le fond et la forme. Une fin de stock pour boucher un trou ?

 

8. Buffalo débile

Quelle drôle de chanson, vraiment, quelle drôle de chanson ! Un véritable hymne à la démystification. Pour ceux qui suivent, on retrouve ici le petit détail qui a son importance: Renaud ne se présente pas comme un vrai dur, mais comme une parodie de loubard. Cette chanson constitue alors le moyen idéal de nous empêcher de croire totalement au personnage que l'auteur veut nous imposer. Les tons mineurs et pleunichants qui la composent accentuent encore le côté volontairement minable mais renforcent la sympathie envers le personnage. Renaud aurait-il eu la même carrière s'il avait joué la carte de la violence gratuite et sincère ? Rien d'autre à dire sur cette chanson qui ne dépassa jamais le cadre de l'album.

9. La boum

Puisque l'on est en présence d'un album où le sérieux est destiné à faire figure de parent pauvre, enchaînons avec une chanson dont le seul but est de distraire. Et elle y arrive bien ! Tout est fait pour: le rythme s'accélère juste ce qu'il faut, la musique colle au sujet, l'histoire ne demande aucune réflexion et, surtout, nous est délivrée de façon limpide et légère. Pour ceux qui en doutaient encore, Renaud s'affirme ici définitivement comme un grand auteur narratif.

10. Germaine

Tant que l'accordéon est chaud, profitons-en pour lancer la chanson suivante. "Germaine" est, de tout l'album, la chanson la plus "à chanter". Le genre de mélodie qu'un groupe reprendra bras dessus, bras dessous. Une locomotive pour l'album ? C'est également pour Renaud l'occasion de lancer le premier des personnages qui garniront sa discographie, y créant une sorte de cohérence bienvenue, une source de fidélisation indispensable. C'est également l'occasion d'aérer l'album, en ne le faisant pas graviter autour d'un seul personnage. Cette chanson ne sera que peu reprise en public et je trouve cela dommage car c'est un outil intéressant pour chauffer une salle.

11. Mélusine

Une musique qui bruite et craque de partout, un air répétitif mais bien balancé et des paroles en forme de variations sur un même thème, telle est "Mélusine". Cette chanson sans prétention s'apparente à un exercice se style dont le seul but est à nouveau de distraire l'auditeur. Point remarquable toutefois: le "hors texte". Il n'est pas si courant d'entendre des chanteurs intercaler des impressions personnelles, des explications, des gags supplémentaires, entre deux phrases de leurs chansons. "Mélusine" est à ce propos la première chanson de Renaud où le "hors texte" est utilisé aussi intensivement. Ce principe sera réutilisé de manière souvent savoureuse dans la suite de la discographie du chanteur.

12. La bande à Lucien

La vie est parfois étrange. Qu'est-ce qui sépare une très bonne chanson d'une incontournable ? Parfois des tout petits riens ! "La bande à Lucien" en est un excellent exemple. Voici une chanson que je trouve excellente: la musique est mûre et très propre, la mélodie chante juste ce qu'il faut et le texte est magnifique de mélancolie mesurée. Cependant, il manque quelque chose. Peut-être le côté intemporel ? Peut-être le côté plus généraliste. Cette chanson est néanmoins l'occasion pour Renaud de nous présenter une valeur qui lui tient particulièrement à coeur: l'amitié. Et même si nous ne sommes pas en présence d'un monument comme "Manu", c'est un nouveau pan fait de tendresse sympathique qui nous est dévoilé ici. La chanson se termine comme un "ce n'est qu'un au-revoir" et nous invite à attendre avec impatience l'album suivant. Laï la laaaaa….


Analyse de l'oeuvre de renaud AMOUREUX DE PANAME

Analyse oeuvre — Par deserteur39 @ 10:24

Analyse personnelle par Dany Isenguerre

 Le liens vers les textes de cette album

Amoureux de Paname (1975)

Aaah, "Amoureux de Paname" ! Premier album officiel de Renaud, cet album est intéressant à plus d'un point. Globalement, on a l'impression d'entendre l'album d'un chanteur de rues, guitare à la main et verbe acide aux lèvres, qui aurait eu la chance de pouvoir enregistrer son premier album. Cependant, pour peu que l'on écoute bien, à travers la musique et les paroles, c'est un chanteur qui marquera la fin de siècle du paysage musical français qui s'annonce.

1. Amoureux de Paname

Chanson ayant donné son nom à l'album, elle sonne comme une carte de visite 'light' de Renaud, invitant l'auditeur non encore rebuté par ce premier contact à poursuivre l'écoute de l'album. Je ne sais pas si Renaud envisageait dès le départ une carrière comme celle qu'il a connue par la suite ["Le succès ne se prévoit pas !" (sic la moman de Jordy (héééé oui !))], mais plusieurs chansons de l'album semblent le destiner volontairement à devenir LE chanteur des Parisiens qui aiment les vieilles pierres de leur ville et les promenades au petit matin sur les quais typiques et brumeux de la Seine, le tout évidemment sur un fond d'accordéon. Renaud s'invente un personnage, n'est-ce pas la clef du succès pour un chanteur ?

2. Société tu m'auras pas

On passe à la vitesse supérieure. Après la présentation 'géographique et affective' du chanteur, nous avons droit ici à une présentation 'intellectuelle'. Renaud façonne le personnage introduit par la première chanson, l'affirme et le rend plus dur, volontairement anarchiste, les arrêtes plus tranchantes. Cependant, l'orchestration de la chanson et le rythme des paroles empêchent (mal?)heureusement d'y croire totalement. Renaud semble néanmoins vouloir filtrer son public. Ceux qui continuent et passent à la troisième chanson seront des fans. Je pense que ce choix est à l'origine de la carrière prodigieuse du chanteur. Aurait-il pu, vocalement et physiquement, concurrencer les dinosaures de l'époque sur leur terrain de paillettes, lumières et autres rythmes discos ?

3. Petite fille des sombres rues

On s'attend à l'explosion finale... et tout s'écroule. Ce sont des hectolitres de sirop rose bonbon qui nous sont soudains déversés sur la tête. Nous nageons ici en plein romantisme à 10 francs, en pleine poésie au kilo. La rumeur veut que cette chanson, écrite à la va-vite, remplace sur l'album une chanson beaucoup plus engagée politiquement (on évoque F. Castro). Passons plutôt à la chanson suivante.

4. La java sans joie

Renaud reprend ici le rôle qu'il avait introduit au début de l'album et s'affirme comme un titi de Paris, un gavroche chantant. A l'écoute de cette chanson, on cherche en vain la casquette où jeter sa pièce. Le parler parisien s'affirme, l'argot pointe timidement son nez, les noms de rues ou de quartiers prennent souvent la relève d'un dictionnaire de rimes défaillant.

5. Gueule d'aminche

L'album est lancé, il se contente désormais de maintenir sa vitesse de croisière. Que dire d'autre de cette chanson sinon qu'elle confirme encore et toujours l'image d'un chanteur populaire parisien ? Loin des sunlights des tropiques, c'est un personnage digne d'un Zola qui tient la vedette. Loin d'Alexandrie, c'est une vision des vieux quartiers de la capitale française qui sert de décor. L'appel à l'anarchie y est moins direct. Renaud semble d'ailleurs commencer à maîtriser l'art des messages indirects.

6. La coupole

Quittons le quartier de la chanson précédente, prenons la première à droite, qu'y voyons-nous ? Telle semble être l'inspiration initiale de la chanson, qui sonne comme une accalmie, comme un coup de frein nécessaire avant le virage et l'accélération de la chanson suivante.La musique participe à la décompression. Pour la première fois de l'album, nous avons droit à une mélodie légère et enjouée dont le seul but est d'être chantée.

7. Hexagone

Sans aucune hésitation LA chanson de l'album. Cette chanson est la plus représentative du style "chanteur de rue" déjà maintes fois ressenti jusqu'ici. Cependant, le message est pour une fois généraliste. On sort du cadre de la capitale, tous les Français se font nettoyer au vitriol. La musique importe peu, les trois ou quatre pauvres accords ne sont là que pour s'effacer devant le flot caustique des paroles. La chanson se veut provocante, la forme rejoint le fond. Ceux qui gardaient un goût de trop peu depuis "Société tu m'auras pas" recoivent enfin une dose correcte. C'est au burin que Renaud finalise le personnage qu'il veut faire ressortir de l'album. Aujourd'hui encore, cette chanson, légèrement remaniée pour suivre les réalités de ce monde, se positionne comme une incontournable de Renaud et le restera sans doutes encore longtemps, comme tout besoin de message que l'on attend obstinément mais qui ne se concrétise jamais vraiment.

8. Ecoutez-moi les gavroches

Cet "Amoureux de Paname" bis, bien plus pâle que son grand frère, ne confirme que ce que l'on avait déjà senti dans l'album. Renaud semble avoir du mal à varier son inspiration et semble s'étouffer dans son style, ses sujets, au point de ne plus pouvoir éviter les redondances. Si un deuxième album doit voir le jour, il devient urgent de se renouveler.

9. Rita

La chanson-gag, par le fond ou la forme, est une voie de secours possible . "Rita" en est le meilleur exemple. Cette chanson arrive comme un énorme croche-pied pour ceux qui se satisfaisaient de l'ambiance générale de l'album. Et même si la chanson en elle-même à une forte odeur de vite-vite-pour-avoir-une-plage-de-plus-sur-l'album, une brèche vient de s'ouvrir et Renaud s'y engouffrera bientôt totalement, délaissant un peu les extrêmes où il se condamnait à s'enfermer, partant à la conquête d'un public sans doute plus sain, mais surtout plus nombreux.

10. Camarade Bourgeois

Cependant, l'album n'est pas encore fini et il manque toujours une chanson représentative et surtout présentable au public pour lancer le chanteur. "Hexagone", pourtant candidate autoproclamée, ne peut pas convenir. Difficile en effet, quand on n'a pas encore la renommée, de faire passer le message "vous êtes des nuls, achetez toutefois mes disques" ! "Camarade Bourgeois" sera la rampe de lancement idéale. On y retrouve tous les thèmes chers au chanteur mais la cible, celle qui de toutes façons n'est pas destinée à acheter l'album, est particulièrement bien choisie: les bourgeois. Renaud s'attire ainsi la sympathie du public auquel il se destinait, le public majoritaire, le peuple. Même la musique semble soudain plus perfectionnée dans le but d'intéresser le plus grand nombre d'auditeurs. Il semble d'ailleurs que ce soit la chanson que Renaud a chantée lors de son premier passage télévisuel. Renaud sera toutefois ingrat envers cette chanson et ne la reprendra jamais à ma connaissance en concert.

11. Le gringalet

Que dire d'autre que "prenez 'Gueule d'aminche', prenez 'La java sans joie', mélangez, faites revenir et servez chaud" ? La redondance devient ici maximale.

12. La menthe à l'eau

Chanson intéressante car elle élargit la brèche ouverte par "Rita". Renaud introduit les jeux de mots et les jeux sur les mots dans ses chansons. La forme change également. Le style devient plus chantant, plus ouvert, au point de faire involontairement tâche dans l'album.

13. Greta

Chanson totalement inclassable. L'album semble se terminer en roue libre et Renaud semble vouloir placer un ballon d'oxygène pour récupérer certains fans potentiels étouffés par le reste de l'album. Plus rien ne doit être pris au sérieux, l'ambiance générale est à la grosse fatigue, la grosse beuverie après le travail terminé. Je ne sais pas si cette chanson a été composée après les autres, mais cette oeuvre est celle où la forme est la plus marquée et rejoint parfaitement le fond au point de le servir. Le musicien semble de mieux en mieux maîtriser son sujet, le parolier semble enfin se diversifier. Juste de quoi titiller la curiosité pour le prochain album...

 

 


INGRID BETANCOURT 2000 JOURS

Renaud engagé — Par deserteur39 @ 11:57

RENAUD PUB CENSURE ANTICORRIDA

Renaud engagé — Par deserteur39 @ 17:45

Paris, le 30 juillet 2007

A l’attention de Monsieur Jean-Pierre TEYSSIER

Président du BVP

Monsieur le Président, 

Je suis fort étonné d’apprendre que le Bureau de Vérification de la Publicité refusait de donner un avis favorable à la diffusion d’un Spot publicitaire contre la corrida réalisé conjointement par la SPA, le CRAC et la FLAC. 

La SPA, associée à ces deux associations, s’est beaucoup investie pour dénoncer la cruauté tauromachique : un animal qui se fait torturer, 15 minutes durant, devant un public venu payer pour assister à un massacre. Vous comprendrez aisément que la SPA ne peut tolérer l’existence de ces « spectacles » qui font appel aux plus bas instincts de l’homme.  

A trois reprises, nous avons souhaité modifier le spot pour avoir l’accord de le diffuser et avons ainsi fait preuve de bonne volonté pour voir ce projet qui nous tient à cœur aboutir.

A trois reprises, vous avez refusé de donner un avis favorable. Je suis très en colère et ignorais que le BVP pratiquait une censure aussi scandaleuse. Nous souhaitons dénoncer la souffrance infligée à un animal, la persistance de cette tradition intolérable dans un pays moderne, la nécessaire prise en compte de l’intérêt supérieur de l’animal face aux traditions archaïques ! 

Plusieurs chaines de télévision diffusent à l’heure actuelle des images de corrida, des images de sang, de souffrance, de violence sans que les instances télévisuelles ne s’en offusquent… Pourquoi est-il aujourd’hui impossible en France de diffuser un spot dénonçant ce que 75% des Français considèrent purement et simplement comme de la cruauté ? Parce que le BVP protège les intérêts du monde taurin, celui-là même qui refuse de concevoir la souffrance de l’animal et qui prône sans cesse l’excuse délirante de la tradition et de la beauté du spectacle pour justifier l’injustifiable ! On ne saurait qualifier d’art ce qui engendre Souffrance et Mort…Oui le taureau souffre et personne ne saurait le lui dénier. 

Président du BVP, vous avez, au-delà de votre conscience professionnelle, le devoir d’imposer une éthique dans le monde publicitaire. Vous ne devez pas balayer d’un revers de main ceux qui tentent de dénoncer la pratique de la tauromachie ! Une tribune doit leur être accordée et je vous demande d’accepter la diffusion de ce Spot.

Ne vous laissez pas aller à une censure publicitaire qui présenterait la corrida comme un sport national artistique.

De mon côté, avec la SPA, le CRAC et la FLAC, je continuerai à me battre contre la corrida. J’attends du gouvernement un geste fort : l’abolition de la corrida en France !

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma considération distinguée.

Renaud

 

 


 
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