Philippe Geluck parle de Renaud
(avec l'aimable autorisation de l'auteur)

- Vous avez dédié votre dernier album, "L'affaire Le Chat", au chanteur Renaud...
"Renaud, c'est quelqu'un qui me manque, qui n'a pas fait de disque depuis 7 ans, qui traverse une période difficile. En fait, je ne le connaissais pas du tout. Mais depuis la sortie de l'album, on s'est vus et on va se revoir. Je suis absolument fan de lui. Il m'a dit que lui l'était de moi, et j'étais fou de joie."
Extrait tiré d'une interview dans l'hebdo belge "Vlan Dimanche" n° 104 du 11.11.01
Propos recueillis par J.J. BRUNIN / Fréquence Wallonie - Photo Guido Marcon
Frédéric Dard parle de Renaud
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Préface du livre
Mistral gagnantMénestrel ou voyou ?
Graine d'anar ou titi de Paname ?
Ange à la figure sale ou démon au regard limpide ?
Qui es-tu, Renaud, mon fils ?
Tu ne veux pas le leur dire ?
Tu as raison ; ils ne sont pas dignes d'une telle confidence.
Laisse-les perplexer à ton sujet et continue ta route comme un grand que tu es.
Renaud, mon fils, Renaud réjouis-toi : tu as pour ennemi les vieux, les vrais, ceux qui n'ont jamais été jeunes.
Ils ont peur de toi parce qu'ils sentent confusément qui tu es pourri de talent.
Tu viens d'une autre planète que la leur : la planète Amour.
Eux sont à jamais enlisés dans la boue pestilentielle de la planète Terre à terre.
Ils t'en veulent abominablement d'oser parler une langue qu'ils ne comprendront jamais.
Ils ignorent, ils ignoreront toujours ce qu'est un pote, une bibine et des santiags, ces pauvres analphacons.
Ta poésie est trop évidente pour ne pas leur échapper. Ils te nient ; ce qui te fait exister un peu plus.
Je leur parle de mon admiration pour toi, de ma tendresse pour toi, afin de les voir se décomposer. Je les admire dans leur écœurement car là est leur vraie nature.
Alors, ils cloportent à outrance et s'étouffent dans des maudissures inaudibles. J'écoute clapoter leur voix ; l'affreux bruit rend tes chansons plus mélodieuses encore !
Renaud, mon fils, réjouis-toi : tu as pour amis tous les jeunes de la terre, les vrais, ceux qui ne deviendront jamais vieux.
Ils t'aiment avec enthousiasme parce que tu es rayonnant de talent et auréolé de tendresse infinie.
Tu viens de la même planète qu'eux : la planète Fraternité.
Ils te sont, et te seront toujours, éperdument reconnaissants de faire le boulot de Verlaine avec des mots de bistrot.
Eux, savent ce qu'est un frangin, une mob et une gonzesse.
Ton talent les aide à exister.
Sous tes éclairages de fête foraine, leur banlieue devient presque jolie et leur destin moins dégueulasse.
Ils se reconnaissent en toi comme dans un miroir, Renaud, mon fils.
Putain, ce qu'ils sont beaux dans tes yeux !
San Antonio, 1986
Extrait d'émission.
Frédéric Dard sur R.T.L. le 22 août 1986
"Renaud, c'est une espèce de fils pour moi. Il a quelque chose de moi et ce que j'aime bien chez lui, c'est qu'il est arrivé au vedettariat (car c'est une vedette, Renaud) et il est resté timide. Moi j'aime bien qu'on soit timide. C'est les poètes qui sont timides. Et ça, ça me touche beaucoup"
San-Antonio n°121
Bacchanale chez la mère Tatzi,
Editions Fleuve Noir, 1985
"La cassette branchée par Thérésa est de Renaud. Un super-champion. Un infini pas con. Un incontestable. Le poète le plus poétisant de cette époque d'archimerde (sans principes). Le prince du pavé. La nostalgie arrivée à bon port. Un mord-con ! La noblesse de la timidité ! Brandisseur de glaves ! Et si frileux de l'âme, je le sens bien, que je l'emmitoufle de ma tendresse ! Renaud chante le gitan, la zone, le couteau, le clébard, les lunettes retrouvées de son taulard... Salut, le gitan, salut le manouche... Salut, Renaud. Que les saigneurs soient loin de nous ! Trouverons-nous assez de mots pour y noyer tous les merdeux ? Chauffe, mon petit mec, chauffe ! C'est pour la dignité que tu égosilles, et ils n'en savent rien.
- Vous l'aimez ? demande Thérésa.
- Davantage encore ! "
Dany parle de Renaud
Chanteur qui s'est produit en off de la dernière tournée de Renaud dans le nord est de la France et en Belgique.
Retrouvez-le sur son site : http://www.multimania.com/danynet

J'ai été surpris d'apprendre "une guitare, un piano, et Renaud". Il n'y avait pas d'album de prévu, et il s'était déjà tapé une tournée de petites salles en 96, juste après les grandes de 95.
Je ne l'écoute plus depuis longtemps. Je n'ai pas accroché sur "Marchand de cailloux", certaines chansons sont inabouties. J'ai préféré "A la belle de mai", et surtout "Touche pas à ma soeur", entendu sur "Les introuvables", probablement Face B d'un deux titres, la meilleure chanson des années 90.
La grande différence entre les 80 et les 90, c'est que j'étais spectateur, je suis devenu acteur. J'écris mes chansons, j'apporte modestement ma pierre, régionalement.
Dans le circuit chanson, on doit tous à Renaud. Il est incontournable, comme Souchon, Cabrel, Goldman.
Je me suis intéressé à lui à 13 ans. Mon père, mécanicien, travaillait sans arrêt. Pour lui, c'était une obligation, le boulot. Comme beaucoup de gens de sa génération, il a commencé à travailler à 14 ans. Naturellement, il essayait de m'y mettre. J'ai refusé son shéma de vie. Il était inconcevable que je me retrouve aux ordres du grand capital, que je perde ma vie à la gagner. "J'aime pas l'travail, la justice et l'armée" ( Où c'est qu'j'ai mis mon flingue?). Je me suis complètement retrouvé dans cet état d'esprit. Il y avait une part illogique dans le propos : on ne pouvait concevoir une société sans travail, pourtant cette poésie m'aspirait et je savais que, ma vie entière, j'allais combattre. Par défaut, j'ai choisi la chanson. Un peu comme Renaud, il me semble. J'appartiens à la génération Coluche, Telephone, SOS Racisme, Mitterand, etc...
Les années où les soixante-huitards ont pris le pouvoir et où, pour un temps, ils vont (essayer de) changer le monde. Renaud est alors le Gavroche du misérable show business. Même s'il est le plus gros vendeur de disques, tout le monde apprécie sa discrétion, nos parents reconnaissent volontiers que ce type, qui parle et s'habille bizarre, est sympa.
A partir de 86, tout dégringole. Coluche meurt, Renaud quitte (presque) définitivement les plateaux de télés, le mur de Berlin s'effondre avec le communisme, et les années 90 s'ouvrent avec la guerre du golfe.
Je croyais que Renaud allait davantage se manifester devant des évènements aussi dramatiques, mais il était "fatigué". Il avait, certes, financé en grande partie le contre bicentenaire. Il intervenait aussi dans L'Idiot International version Edern Hallier pour une nouvelle version du déserteur anti guerre du golfe. Mais il se faisait discret. Petit à petit, il a décroché d'une époque créative, d'espoir.
La première fois que je l'ai rencontré, c'était pour Germinable. Il était venu au cinéma Gaumont, à Metz, présenter ce film "grandiose" avec Berry. Dans la salle, une trentaine de personnes seulement. Ca fait bizarre de parler à Renaud. Il ne ponctue pas ses phrases par des "tsin-tsin-tsin", ça déstabilise. Quand c'est la première fois, vous êtes forcément ému, ça l'énerve. C'est qu'il est modeste et timide, le bonhomme. Si vous lui rappellez qu'il est une idole, ça l'emmerde.
J'ai lu toutes ses chroniques dans Charlie Hebdo. J'ai compris qu'il était un autre, qu'il tournait le dos aux 70, 80. J'ai dû à peine écouter une fois les albums de Renaud le loubard. Celui que j'aimais, moi, c'était le Renaud père de famille-citoyen du monde. Pas forcément le lycéen de 68 qui arrive chez Drucker en mobylette. Les anciens fans, 40 balais aujourd'hui, lui reprochent de s'être embourgeoisé, probablement autant qu'eux !
Le seul reproche que j'ai à lui faire, c'est une pub pour une bière, même s'il a reversé son cachet à un musée. Sa poésie au service de l'alcool et des multinationales, c'est pas terrible.
Le troisième Renaud, c'est un viel anar à la Cavanna. Il occupe l'instant, il a 100 ans.
Pour sa tournée "Une guitare, un piano, et Renaud", j'ai choisi de jouer devant la salle. Cette tournée ne s'arrête plus, j'ai joué plus de 30 fois dans le Nord-Est, Belgique. Je suis étonné de ce succès. Je n'ai pas l'impression que Renaud puisse durer; qui pourrait conseiller à des mômes de 15 ans "Miss Maguy" ou "Trivial poursuite" ? Ces chansons sont lourdes de sens sur l'instant, mais n'ont plus aucune légitimité 15 ans plus tard.
Pourtant, Renaud remplit partout. Et avec une désinvolture extraordinaire! Jean Luc Lahaye, Jeanne Mas, qui étaient également gros vendeurs dans les années 80, mettent 10 ans aujourd'hui avant de jouer devant autant de monde !
Chaque jour, j'installe mes disques à vendre dans mon étui de guitare ouvert. Le public de Renaud est en général enthousiaste. D'une part il reconnait l'influence de leur idole dans mes chansons, d'autre part ils me disent que "lui a commencé comme ça !" Je le vois arriver, avec son guitariste et son pianiste vers 16 heures. Une dizaine de fans l'attendent, il n'est guère causant avec eux. C'est qu'il en a marre. Imaginez vous tous les jours sollicités par des gens qui vous tapent dans le dos parce qu'ils vous aiment depuis toujours. Si vous ne les connaissez pas, c'est perturbant. Cependant, on s'y habitue, probablement.
J'attends, comme tout le monde, la suite.
Je ne suis pas convaincu par "Elle a vu le loup", mélange entre "Le petit chat est mort" et "Mon amoureux", tout juste une face B.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais forcément l'aimer, le prochain Renaud.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais toujours l'aimer, Renaud.
Dany, mercredi 10 janvier 2001
Sardou parle de Renaud
"...On est dans le même monde. On a simplement une vision différente. Moi, je suis pessimiste. Lui, il est désespéré. Et ce qui est extraordinaire, c'est que, sur scène, il fait le guignol entre deux crises de déprime. Il est le seul à faire ça ! ... Renaud est beaucoup plus redoutable pour "L'Humanité" que moi ! Les journalistes de «L'Humanité» feraient mieux de venir dans mes galas à moi. Chez moi, il y a Lénine qui passe très vite, mais c'est beaucoup moins près de la vérité que ce qu'il dit, lui."
Michel Sardou parle de Renaud à Marc Robine et Olivier Cachin. 1988
Renaud des Gavroches
Le nouveau bouquin de mon pote Marc large, cette homme met sa passion pour le dessin dans un ouvrage sur renaud dont les extraits vous mettent l'eau à la bouche...
Préface de Christian Laborde
Dans le bus, durant la tournée Rouge sang, Renaud me disait qu’il aimait la façon dont Marc Large le croque. Moi aussi, j’aime voir la gueule de l’auteur d’Elsa émerger du papier blanc que Marc Large pose devant lui, puis scrute en tirant sur sa clope maigre avant de laisser sa main faire le boulot. Marc est un homme de main. Esquisser, dessiner, c’est confier à sa main ce que l’on a sous la tignasse, dans les tiroirs du rêve, derrière l’os du front.
Dans le bus, Renaud me parle de Marco, tandis que les musiciens regardent une video des Beatles. Faut les voir, les musicos à Renaud devant les Beatles : émerveillés, de parfaits mômes. Si Marco avait été avec nous, dans le bus, il les aurait dessinés en santiags et babygros, Titi and C°, la sucette dans la bouche. Et « la morve au nez » pour faire un clin d’œil à Renaud, au Sirop de la rue, chanson superbe.
Marco s’appelle Large. C’est un nom de marin, de voyageur, le nom d’un mec qui, avec ou sans voile, mais toujours muni d’un pinceau, prend le large. Et le large, le grand large, c’est ce qu’il nous offre quand il croque la ronde échine d’un ours, le pétale d’une jonquille aussi fin que le coton mercerisé de la culotte d’une meuf, ou les lichens qui, au Pays basque, se disputent la crête d’un rocher.
Mais ce qu’il aime tout particulièrement dessiner, le mec Marco, c’est la tronche de Renaud Séchan, chanteur né de l’accouplement, derrière la grange d’un renard et d’une fouine. Il peut prendre du poids, bouffer des pâtes, s’arrondir à mort, prendre les pire joues, il aura toujours le front d’un renard et le museau d’une fouine, Renaud. Le renard a une place de choix dans la littérature : c’est une star. Il serait temps de louer la fouine qui s’adapte à tous les terrains et fait son miel de tout ce qu’elle trouve. Comme Renaud qui va chercher les mots dans la rue, les parkings, les bistrots, et fout le bordel dans le poulailler social.
De Renaud Marco croque tout : le pull rayé, les poils de barbe, la clope, la fumée dans laquelle il se planque, les trottoirs qu’il longe, le Paris qu’il trimbale avec ses bals, ses bastons, ce Tout-Paname qui est le contraire du Tout-Paris. De Renaud il peint également la cravate, les santiags et, Dieu merci, laisse au vestiaire la veste rouge et pourave que Renaud enfila, un temps, avant d’entrer sur scène. Il saisit aussi, avec son crayon sans laisse, la gueule des maîtres et des potes de Renaud : Brassens, Coluche, Bruce Springsteen. Il y a même Tonton que Renaud persiste à prendre pour un type de gauche. C’est un naïf Renaud. Mais cette naïveté, qu’il partage avec l’eau, lui a permis d’écrire la merveilleuse chanson Baltique. De Tonton ne restera sans doute que ce blues à museau…
Les dessins de Marco se glissent ici entre les paragraphes de Nicolas Traparic. Traparic, Traparic : il est un peu louche, ce patronyme, un peu pas français. Monsieur Boutefeux, c’est sûr, l’a dans le collimateur. Il doit avoir une sacrée putain de fiche dans Edvige, le Traparic. Il me parle, ce nom couvert de sons de la tête aux pieds. On dirait celui d’un demi de mêlée. Traparic joue, mais avec les mots, les sons et, ce faisant, rejoint illico swingo le territoire sans frontières de l’enfance. Pas étonnant qu’il aime Renaud car, Renaud, c’est « le sirop de la rue », l’enfance dans la main, et le poing dans la gueule, Doisneau et Gavroche. Il sait lancer des pavés dans la vitrine des Versaillais. Il a une sacrée caboche, le braillard de la porte d’Orléans. Mais c’est lorsqu’il chante la Sorgue, lorsqu’il regarde les Pyrénées, lorsqu’il écoute une chanson de Dylan qu’il est le plus un « gamin de Paris ».
Ma collection à moi que j'ai sur RENAUD : TATATSSIN PAROLE DE RENAUD
TATATSSIN PAROLE DE RENAUD
A côté des grands chanteurs qui occupent notre mémoire musicale (Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré), Renaud est le seul qui pourrait s'asseoir à leurs côtés. C'est ce qu'affirme Baptiste Vignol, savant connaisseur de la chanson française, dans cet essai sans complaisance. Il explore finement un univers artistique atypique et revient sur le rapport complexe du chanteur avec les médias. En décortiquant son œuvre et ses influences, l'auteur offre ici un portrait tout en nuances de Renaud.
Ma collection à moi que j'ai sur RENAUD : RENAUD
RENAUD
Trente années de carrière, plus de douze millions de disques vendus, des chansons toujours vivantes dans la mémoire collective, des textes inoubliables : " Hexagone ", " Laisse béton ", " Dans mon HLM ", " Miss Maggie ", " Mistra gagnant ", ou encore " En cloque ", " Morgane de toi ", " Dès que le vent soufflera "... Depuis ses premières chansons, écrites sur les bancs de la Sorbonne occupée, dans l'effervescence de Mai 68, Renaud a su garder une étonnante liberté de ton et de pensée. Autoproclamé " chanteur énervant ", il chante l'amour avec une tendresse inouïe, et la bêtise avec une drôlerie assassine. Plus que jamais " rebelle, vivant et debout " Renaud semble aujourd'hui renaître des cendres de Mister Renard. Une belle occasion de saluer le parcours exceptionnel d'un artiste qui a réussi, selon la formule de Frédéric Dard, faire " le boulot de Verlaine avec les mots du bistrot "
Ma collection à moi que j'ai sur RENAUD : LE ROMAN DE RENAUD
LE ROMAN DE RENAUD
" En décembre 2002, Renaud retrouvera son Zénith et de nouveau, j'irai
m'y enrhumer tous les soirs - maudits courants d'air - afin d'y faire
rentrer gratos de prétendus copains, de soi-disant fiancées. " Ainsi
Thierry Séchan achevait Bouquin d'enfer, son précédent ouvrage consacré
à son frère Renaud. Depuis ces lignes, en juin 2002, et le triomphe de
l'album Boucan d'enfer, la carrière de Renaud a été marquée par de
nouveaux triomphes et de nouveaux combats (pour la libération d'Ingrid
Betancourt,
la défense de l'écologie) et de nouveaux bonheurs (tels que son mariage
avec Romane en août 2005). Nul mieux que Thierry Séchan, frère aîné de
Renaud, n'a suivi de plus près l'itinéraire personnel et artistique de
son cadet. Date après date, anecdote après anecdote, Thierry Séchan
nous
raconte en détail l'histoire de l'extraordinaire carrière de ce frère
avec en parallèle celle de l'Histoire de son pays et de nombreux
événements ayant directement (ou non) inspiré l'œuvre de Renaud. De la
naissance à la renaissance de Renaud, de ses combats passés à ceux
d'aujourd'hui, il fallait toute la tendresse et la
complicité d'un frère peur écrire Le Roman de Renaud...
