Molly malone : Á CARLINGFORD (CARLINGFORD)





Il y a 18 ans, il voulait "planter un oranger"... Dans quelques semaines, Renaud verra germer un nouvel album, comme enraciné dans la Ballade Nord-Irlandaise parue en 1991 sur l'album Marchand de Cailloux.
Si Rouge Sang, album militant de 2006 qui s'était écoulé à plus de 500 000 exemplaires (pas mal après le raz-de-marée Boucan d'enfer), incluait une chanson éponyme dédiée à Malone, le fils que son épouse et muse Romane Serda lui a donné le 14 juillet 2006, son successeur, intitulé Molly Malone, conjugue l'amour de Renaud pour son fils et pour les chansons traditionnelles irlandaises. Il est aussi toujours très présent pour sa fille Lolita qui vient d'épouser le chanteur talentueux Renan Luce .
Bercé de longue date par le doublon Hugues Aufray/Bob Dylan (entrepure folk et protest songs), on se souvient que Renaud avaitenregistré, en pleine Guerre du Golfe ("leur sale guerre"), l'album pacifiste Marchand de Cailloux en Irlande. C'est là qu'il est retourné pour Molly Malone, dont Le Parisien dévoile la genèse... irlandaise, donc, rappelant que docteur Renaud y avait effectué en 1997 une tournée discrète - "l'histoireraconte même que le patron d'un bar de Limeweck avait affiché sur savitrine : 'Ce soir, Renaud, troubadour politique franco-manouche' !"
""Au printemps 2008, relate le quotidien francilien, le'chanteur énervant' est donc parti en studio à Dublin avec dans sesvalises les adaptations en français, libres ou fidèles selon les cas,de vieux standards irlandais chantés en leur temps par les Chieftainsou les Dubliners. Il y a enregistré treize titres, dont 'Belfast Mill','Willie McBride', 'Adieu Rhondda' ou encore 'Johnston's Motor Car',avec des musiciens du cru dont Terry Woods, le guitariste historiquedes Pogues".
A découvrir le 23 novembre.
(avec l'aimable autorisation de l'auteur)

- Vous avez dédié votre dernier album, "L'affaire Le Chat", au chanteur Renaud...
"Renaud, c'est quelqu'un qui me manque, qui n'a pas fait de disque depuis 7 ans, qui traverse une période difficile. En fait, je ne le connaissais pas du tout. Mais depuis la sortie de l'album, on s'est vus et on va se revoir. Je suis absolument fan de lui. Il m'a dit que lui l'était de moi, et j'étais fou de joie."
Extrait tiré d'une interview dans l'hebdo belge "Vlan Dimanche" n° 104 du 11.11.01
Propos recueillis par J.J. BRUNIN / Fréquence Wallonie - Photo Guido Marcon
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Préface du livre
Mistral gagnantMénestrel ou voyou ?
Graine d'anar ou titi de Paname ?
Ange à la figure sale ou démon au regard limpide ?
Qui es-tu, Renaud, mon fils ?
Tu ne veux pas le leur dire ?
Tu as raison ; ils ne sont pas dignes d'une telle confidence.
Laisse-les perplexer à ton sujet et continue ta route comme un grand que tu es.
Renaud, mon fils, Renaud réjouis-toi : tu as pour ennemi les vieux, les vrais, ceux qui n'ont jamais été jeunes.
Ils ont peur de toi parce qu'ils sentent confusément qui tu es pourri de talent.
Tu viens d'une autre planète que la leur : la planète Amour.
Eux sont à jamais enlisés dans la boue pestilentielle de la planète Terre à terre.
Ils t'en veulent abominablement d'oser parler une langue qu'ils ne comprendront jamais.
Ils ignorent, ils ignoreront toujours ce qu'est un pote, une bibine et des santiags, ces pauvres analphacons.
Ta poésie est trop évidente pour ne pas leur échapper. Ils te nient ; ce qui te fait exister un peu plus.
Je leur parle de mon admiration pour toi, de ma tendresse pour toi, afin de les voir se décomposer. Je les admire dans leur écœurement car là est leur vraie nature.
Alors, ils cloportent à outrance et s'étouffent dans des maudissures inaudibles. J'écoute clapoter leur voix ; l'affreux bruit rend tes chansons plus mélodieuses encore !
Renaud, mon fils, réjouis-toi : tu as pour amis tous les jeunes de la terre, les vrais, ceux qui ne deviendront jamais vieux.
Ils t'aiment avec enthousiasme parce que tu es rayonnant de talent et auréolé de tendresse infinie.
Tu viens de la même planète qu'eux : la planète Fraternité.
Ils te sont, et te seront toujours, éperdument reconnaissants de faire le boulot de Verlaine avec des mots de bistrot.
Eux, savent ce qu'est un frangin, une mob et une gonzesse.
Ton talent les aide à exister.
Sous tes éclairages de fête foraine, leur banlieue devient presque jolie et leur destin moins dégueulasse.
Ils se reconnaissent en toi comme dans un miroir, Renaud, mon fils.
Putain, ce qu'ils sont beaux dans tes yeux !
San Antonio, 1986
Extrait d'émission.
Frédéric Dard sur R.T.L. le 22 août 1986
"Renaud, c'est une espèce de fils pour moi. Il a quelque chose de moi et ce que j'aime bien chez lui, c'est qu'il est arrivé au vedettariat (car c'est une vedette, Renaud) et il est resté timide. Moi j'aime bien qu'on soit timide. C'est les poètes qui sont timides. Et ça, ça me touche beaucoup"
San-Antonio n°121
Bacchanale chez la mère Tatzi,
Editions Fleuve Noir, 1985
"La cassette branchée par Thérésa est de Renaud. Un super-champion. Un infini pas con. Un incontestable. Le poète le plus poétisant de cette époque d'archimerde (sans principes). Le prince du pavé. La nostalgie arrivée à bon port. Un mord-con ! La noblesse de la timidité ! Brandisseur de glaves ! Et si frileux de l'âme, je le sens bien, que je l'emmitoufle de ma tendresse ! Renaud chante le gitan, la zone, le couteau, le clébard, les lunettes retrouvées de son taulard... Salut, le gitan, salut le manouche... Salut, Renaud. Que les saigneurs soient loin de nous ! Trouverons-nous assez de mots pour y noyer tous les merdeux ? Chauffe, mon petit mec, chauffe ! C'est pour la dignité que tu égosilles, et ils n'en savent rien.
- Vous l'aimez ? demande Thérésa.
- Davantage encore ! "
Chanteur qui s'est produit en off de la dernière tournée de Renaud dans le nord est de la France et en Belgique.
Retrouvez-le sur son site : http://www.multimania.com/danynet

J'ai été surpris d'apprendre "une guitare, un piano, et Renaud". Il n'y avait pas d'album de prévu, et il s'était déjà tapé une tournée de petites salles en 96, juste après les grandes de 95.
Je ne l'écoute plus depuis longtemps. Je n'ai pas accroché sur "Marchand de cailloux", certaines chansons sont inabouties. J'ai préféré "A la belle de mai", et surtout "Touche pas à ma soeur", entendu sur "Les introuvables", probablement Face B d'un deux titres, la meilleure chanson des années 90.
La grande différence entre les 80 et les 90, c'est que j'étais spectateur, je suis devenu acteur. J'écris mes chansons, j'apporte modestement ma pierre, régionalement.
Dans le circuit chanson, on doit tous à Renaud. Il est incontournable, comme Souchon, Cabrel, Goldman.
Je me suis intéressé à lui à 13 ans. Mon père, mécanicien, travaillait sans arrêt. Pour lui, c'était une obligation, le boulot. Comme beaucoup de gens de sa génération, il a commencé à travailler à 14 ans. Naturellement, il essayait de m'y mettre. J'ai refusé son shéma de vie. Il était inconcevable que je me retrouve aux ordres du grand capital, que je perde ma vie à la gagner. "J'aime pas l'travail, la justice et l'armée" ( Où c'est qu'j'ai mis mon flingue?). Je me suis complètement retrouvé dans cet état d'esprit. Il y avait une part illogique dans le propos : on ne pouvait concevoir une société sans travail, pourtant cette poésie m'aspirait et je savais que, ma vie entière, j'allais combattre. Par défaut, j'ai choisi la chanson. Un peu comme Renaud, il me semble. J'appartiens à la génération Coluche, Telephone, SOS Racisme, Mitterand, etc...
Les années où les soixante-huitards ont pris le pouvoir et où, pour un temps, ils vont (essayer de) changer le monde. Renaud est alors le Gavroche du misérable show business. Même s'il est le plus gros vendeur de disques, tout le monde apprécie sa discrétion, nos parents reconnaissent volontiers que ce type, qui parle et s'habille bizarre, est sympa.
A partir de 86, tout dégringole. Coluche meurt, Renaud quitte (presque) définitivement les plateaux de télés, le mur de Berlin s'effondre avec le communisme, et les années 90 s'ouvrent avec la guerre du golfe.
Je croyais que Renaud allait davantage se manifester devant des évènements aussi dramatiques, mais il était "fatigué". Il avait, certes, financé en grande partie le contre bicentenaire. Il intervenait aussi dans L'Idiot International version Edern Hallier pour une nouvelle version du déserteur anti guerre du golfe. Mais il se faisait discret. Petit à petit, il a décroché d'une époque créative, d'espoir.
La première fois que je l'ai rencontré, c'était pour Germinable. Il était venu au cinéma Gaumont, à Metz, présenter ce film "grandiose" avec Berry. Dans la salle, une trentaine de personnes seulement. Ca fait bizarre de parler à Renaud. Il ne ponctue pas ses phrases par des "tsin-tsin-tsin", ça déstabilise. Quand c'est la première fois, vous êtes forcément ému, ça l'énerve. C'est qu'il est modeste et timide, le bonhomme. Si vous lui rappellez qu'il est une idole, ça l'emmerde.
J'ai lu toutes ses chroniques dans Charlie Hebdo. J'ai compris qu'il était un autre, qu'il tournait le dos aux 70, 80. J'ai dû à peine écouter une fois les albums de Renaud le loubard. Celui que j'aimais, moi, c'était le Renaud père de famille-citoyen du monde. Pas forcément le lycéen de 68 qui arrive chez Drucker en mobylette. Les anciens fans, 40 balais aujourd'hui, lui reprochent de s'être embourgeoisé, probablement autant qu'eux !
Le seul reproche que j'ai à lui faire, c'est une pub pour une bière, même s'il a reversé son cachet à un musée. Sa poésie au service de l'alcool et des multinationales, c'est pas terrible.
Le troisième Renaud, c'est un viel anar à la Cavanna. Il occupe l'instant, il a 100 ans.
Pour sa tournée "Une guitare, un piano, et Renaud", j'ai choisi de jouer devant la salle. Cette tournée ne s'arrête plus, j'ai joué plus de 30 fois dans le Nord-Est, Belgique. Je suis étonné de ce succès. Je n'ai pas l'impression que Renaud puisse durer; qui pourrait conseiller à des mômes de 15 ans "Miss Maguy" ou "Trivial poursuite" ? Ces chansons sont lourdes de sens sur l'instant, mais n'ont plus aucune légitimité 15 ans plus tard.
Pourtant, Renaud remplit partout. Et avec une désinvolture extraordinaire! Jean Luc Lahaye, Jeanne Mas, qui étaient également gros vendeurs dans les années 80, mettent 10 ans aujourd'hui avant de jouer devant autant de monde !
Chaque jour, j'installe mes disques à vendre dans mon étui de guitare ouvert. Le public de Renaud est en général enthousiaste. D'une part il reconnait l'influence de leur idole dans mes chansons, d'autre part ils me disent que "lui a commencé comme ça !" Je le vois arriver, avec son guitariste et son pianiste vers 16 heures. Une dizaine de fans l'attendent, il n'est guère causant avec eux. C'est qu'il en a marre. Imaginez vous tous les jours sollicités par des gens qui vous tapent dans le dos parce qu'ils vous aiment depuis toujours. Si vous ne les connaissez pas, c'est perturbant. Cependant, on s'y habitue, probablement.
J'attends, comme tout le monde, la suite.
Je ne suis pas convaincu par "Elle a vu le loup", mélange entre "Le petit chat est mort" et "Mon amoureux", tout juste une face B.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais forcément l'aimer, le prochain Renaud.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais toujours l'aimer, Renaud.
Dany, mercredi 10 janvier 2001