deserteur39

Molly malone : Á CARLINGFORD (CARLINGFORD)

news — Par deserteur39 @ 23:09
 
 
Á CARLINGFORD
(CARLINGFORD)

Mes deux frères, comme moi, ont grandi là-bas
Les pieds dans la tourbe noire
Loin des vertes prairies du Connemara
Entre Davan et Mullingar
Quand la grande famine est arrivée
Quand le père a rejoint la tombe
Nous avons quitté ces terres désolées
Au fond du cœur un Nouveau Monde

À Carlingford, à Carlingford
Nous avons posé nos ballots
Échoués sur les docks avec les oiseaux
Nous avons attendu le bateau

Mon grand frère Donovan, cœur d'or, innocent
Pour nous donner du pain
A viré bandit, voleur, traficant
A sali à jamais ses mains
Petit frère Henry est parti aussi
Enrôlé dans une sale armée
Pour un bol de soupe et un fusil
Il a appris à ramper

À Carlingford, à Carlingford
Sur les docks, avec les matelots
J'ai crié au vent avec les oiseaux
Et j'ai attendu le bateau

INSTRUMENTAL

Lorsque grand frère fut jeté aux fers
Condamné à pendre demain
Quand petit frère revint de la guerre
Dans un costume de sapin
J'ai pleuré des torrents de larmes salées
À en faire déborder l'océan
Et puis j'ai maudit le ciel irlandais
Qui emporte tous ses enfants

Molly malone : BELFAST MILL (Adaptation "ARAGON MILL")

news — Par deserteur39 @ 23:07
BELFAST MILL
(Adaptation "ARAGON MILL")

Du côté Est de la ville
Aux pieds de la colline
Y'a une grande cheminée
C'est le Belfast mill

Mais il n'y a plus de fumée
Qui sort de la cheminée
Car la fabrique a fermé
Et ne r'ouvrira jamais

Et le seul bruit qu'on entend
C'est la mélodie du vent
Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

Il n'y a plus d'enfants
Qui jouent le long des rues
Avenir désespérant
Génération perdue

Et le seul bruit qu'on entend
C'est la mélodie du vent
Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

Ma vie c'était les machines
Le brouhaha de l'usine
Mes copains qui sont partis
Licenciés eux aussi

Et le seul bruit qu'on entend
C'est la mélodie du vent
Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

J'suis pas trop vieux pour bosser
Et trop jeune pour mourir
Sans travail depuis l'été
Que vais-je devenir

Et le seul bruit qu'on entend
C'est la mélodie du vent
Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

Du côté Est de la ville
Aux pieds de la colline
Y'a une grande cheminée
C'est le Belfast mill

Mais il n'y a plus de fumée
Qui sort de la cheminée
Car la fabrique a fermé
Et ne r'ouvrira jamais

Et le seul bruit qu'on entend
C'est la mélodie du vent
Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

Et le seul bruit qu'on entend
C'est la mélodie du vent
Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

Qui souffle sur la ville
Qui tourne sur Belfast mill

Auteur : Si KAHN Adaptateur : Renaud SECHAN

Molly malone : INCENDIE (CAMPFIRE IN THE DARK)

news — Par deserteur39 @ 23:05

 

 

(CAMPFIRE IN THE DARK) 

Mon père se lève tôt
Il prend son café brûlant
Assis, tout seul, près du fourneau
Le jour vient doucement
La journée sera longue
Et vide, comme souvent
Il me racontera encore
Sa vie d'itinérant

Au fond de l'Alabama
Comme elle est loin sa terre
Reverra-t-il un jour sa rivière
Et le Connemara
Son pays brûle en lui
Comme un grand incendie dans la nuit
Comme un grand incendie dans la nuit

Ma mère nettoie par terre
Courbée en deux toujours
Par la vie de misère
Et puis par l'amour
Elle a pleuré, elle a souffert
Plus souvent qu'à son tour
Pour donner à manger au père
Aux enfants chaque jour

Au fond de l'Alabama
Comme elle est loin sa terre
Ses frères, ses amis, la pluie qui tombe
Et puis le Connemara
Elle revoit son pays
Comme un grand incendie dans la nuit
Comme un grand incendie dans la nuit

INSTRUMENTAL

Mon père va parfois le soir
Au billard du coin
Claquer un demi Dollar
Sans même un copain
Et lorsque nous sommes jetés
Comme de pauvres chiens
Du Dancing près de la jetée
Le vieux ne dit rien

Il ira demain matin encore
Au bureau d'emploi
Faire la queue pendant des heures
En se demandant pourquoi
Pas de job, pas de boulot, rapé
Pas pour les irlandais
Il sera toujours pour ces gens
Un putain d'immigrant

Au fond de l'Alabama
Comme elle est loin sa terre
Reverra-t-il un jour sa rivière
Et puis le Connemara
Son pays brûle en lui
Comme un grand incendie dans la nuit
Comme un grand incendie dans la nuit
Comme un grand incendie dans la nuit

Auteur : Patrick HOULAHAN Adaptateur : Renaud SECHAN

 


RENAUD Molly Malone premier extrait de l'album la chanson VAGABOND sur deezer

news — Par deserteur39 @ 11:31

Vagabonds

http://www.deezer.com/fr/music/renaud/vagabonds-400447 
 
 
 On en a fait des miles à pieds ou en train
Sur des wagons ouverts que nous prenions clandestins
On a suivi les rails pourvu qu'ils aillent loin
Vers une vie meilleure, un boulot et du pain

Vagabonds nous étions sans un rond
Et aux quatre vents nous bourlinguions
Nous avions laissé dernière nous l'Ulster 
Pour une vie de routard de misère

Les villes industrielles du nord-ouest on connaît,
Ils nous l'ont joué belle quand les usines ont fermé
L'acier le charbon, on a tout essayé
Toujours en rêvant d'aller vers l'océan

Vagabonds nous étions sans un rond
Et aux quatre vents nous bourlinguions
Nous avions laissé dernière nous l'Ulster 
Pour une vie de routard de misère

Vagabonds nous étions sans un rond
Et aux quatre vents nous bourlinguions
Nous avions laissé dernière nous l'Ulster 
Pour une vie de routard de misère

J'ai croisé des hommes aussi démunis que moi
Des bêtes de somme qui se demandaient pourquoi 
Pourquoi ce système qui s'écroule aujourd'hui 
Fait s'écrouler les rêves de toute une vie

Vagabonds nous étions sans un rond
Et aux quatre vents nous bourlinguions
Nous avions laissé dernière nous l'Ulster 
Pour une vie de routard de misère

Vagabonds nous étions sans un rond
Et aux quatre vents nous bourlinguions
Nous avions laissé dernière nous l'Ulster 
Pour une vie de routard de misère
 

RENAUD VA CHANTER L'IRLANDE

news — Par deserteur39 @ 01:42

Renaud : un nouvel album pour l'amour de son fils... et de l'Irlande !

news — Par deserteur39 @ 01:39

Il y a 18 ans, il voulait "planter un oranger"... Dans quelques semaines, Renaud verra germer un nouvel album, comme enraciné dans la Ballade Nord-Irlandaise parue en 1991 sur l'album Marchand de Cailloux.

Si Rouge Sang, album militant de 2006 qui s'était écoulé à plus de 500 000 exemplaires (pas mal après le raz-de-marée Boucan d'enfer), incluait une chanson éponyme dédiée à Malone, le fils que son épouse et muse Romane Serda lui a donné le 14 juillet 2006, son successeur, intitulé Molly Malone, conjugue l'amour de Renaud pour son fils et pour les chansons traditionnelles irlandaises. Il est aussi toujours très présent pour sa fille Lolita qui vient d'épouser le chanteur talentueux Renan Luce .

Bercé de longue date par le doublon Hugues Aufray/Bob Dylan (entrepure folk et protest songs), on se souvient que Renaud avaitenregistré, en pleine Guerre du Golfe ("leur sale guerre"), l'album pacifiste Marchand de Cailloux en Irlande. C'est là qu'il est retourné pour Molly Malone, dont Le Parisien dévoile la genèse... irlandaise, donc, rappelant que docteur Renaud y avait effectué en 1997 une tournée discrète - "l'histoireraconte même que le patron d'un bar de Limeweck avait affiché sur savitrine : 'Ce soir, Renaud, troubadour politique franco-manouche' !"

""Au printemps 2008, relate le quotidien francilien, le'chanteur énervant' est donc parti en studio à Dublin avec dans sesvalises les adaptations en français, libres ou fidèles selon les cas,de vieux standards irlandais chantés en leur temps par les Chieftainsou les Dubliners. Il y a enregistré treize titres, dont 'Belfast Mill','Willie McBride', 'Adieu Rhondda' ou encore 'Johnston's Motor Car',avec des musiciens du cru dont Terry Woods, le guitariste historiquedes Pogues".

A découvrir le 23 novembre.


Le Gavroche de Meudon

Lolita — Par deserteur39 @ 08:56
  
À chaque fois qu’une année commence, les gens prennent un malin plaisir à nous souhaiter des choses qu’on ne souhaite pas. Du travail, par exemple, ou la santé. Alors que c’est si bon de se plaindre de nos petits bobos en se tournant les pouces. Cette année, j’ai eu droit à une quinzaine de “Et un bébé pour 2008!” Ce que ces gens bien intentionnés et légèrement conventionnels ne savent pas, c’est que j’ai déjà un bébé dans ma vie. Bon, ok, il a 55 ans et carbure à la 16, mais sa candeur et ses lubbies ont tout de celles d’un enfant de huit ans. Cet adulte à l’âme pré-pubère, c’est mon père. Pas simple! Heureusement, j’ai été entraînée dès le plus jeune âge à survivre à ses passions soudaines. “Survivre” est un terme un peu exagéré, vous trouvez? Peut-être… à vous de juger.

Je devais avoir quatre ans quand mon père a décidé d’avoir un chien. Comme ma mère aimait les animaux et que j’étais trop petite pour contester, on a eu un chien. Mais pas n’importe lequel. Je ne sais pas trop où il avait trouvé Pirate, sûrement dans une décharge, mais c’était l’animal le plus con du monde. Tellement con que je m’en souviens. Cette bête était un petit bâtard maigrichon, à peu près aussi laid qu’un Lévrier mélangé avec un Bobtail. L’activité favorite de Pirate était la mendicité dans les restaurants. Quand il avait finit de bouffer à toutes les tables, il vomissait son butin aux pieds de mes parents, puis remangeait son vomi et repartait faire sa ronde. À moi, qui rampais par terre, d’éviter les restes de galette.

Plus tard, peut-être afin de justifier le nom du chien, mon père a voulu devenir marin. Il a fait construire un bateau, s’est plongé dans “Comment survivre en mer quand il n’y a plus d’eau potable et qu’on a déjà mangé sa femme” et a kidnappé sa famille pour la traversée d’un océan quelconque. Sans jamais avoir pris la moindre leçon de navigation, bien sûr. On s’est donc retrouvés sur un voilier à coque noire, avec un gamin élevé au bitume de la porte d’Orléans pour capitaine. Hisse et ho ! Les jours s’écoulaient au rythme de mes nausées. Affalée sur le pont, régurgitant mon biberon sur un Pirate aussi malade que moi, je suppliais ma mère d’arrêter la mer. Mais ma maman n’étant pas exactement Poséidon, tangages et roulis ont continué leur danse. Je ne sais pas si cette “aventure” à cessé parce que le matelot qui voguait avec nous -un vieil alcoolique nommé Pays- avait balancé mon doudou dans l’océan pour cause de lapins imprimés dessus, ou parce que mon père avait failli jeter ma mère par dessus bord parce qu’elle l’avait battu au Trivial Poursuite : toujours était-il, cette escapade salée à cessé et le chien et l’enfant ont fuit comme des dératés vers la terre, loin du bateau infernal.

Ensuite, ça a été le Nego Chin. Mon père avait vu ces barques plates à L’Isle sur la Sorgue et s’était dit : “Pourquoi pas moi!” Si ces embarcations s’appellent “noie le chien”, ce n’est pas pour rien. Pour la beauté de l’histoire, j’aurais aimé dire que Pirate avait trouvé la mort sur cette planche casse-gueule supposée flotter, mais il était déjà mort depuis longtemps à cette époque. Un repas de trop, mendié dans un resto un peu louche, intoxication alimentaire, adios Pirate, on t’aimait bien, de loin. Donc, pas de chien sur cette galère, juste ma mère et moi à nouveau, avec mon père à la perche. Inutile de raconter le nombre de plongeons forcés qu’on s’est tapés dans l’eau glaciale de la Sorgue, le nombre de fois où on est ressorties les cheveux plein d’algues et de sangsues… Les femmes et les enfants d’abord ! Le Nego Chin, c’est pire que conduire un Véli’b en plein coma éthylique.

Je vous passe six mois à tenter de survivre au climat morose de Valenciennes parce que papa voulait descendre à la mine, les deux ans de piano avec une vieille folle qui puait des aisselles parce que papa rêvait que je joue du Rachmaninov mieux que Rachmaninov, les heures à essayer de comprendre ce que signifiait une tache blanche sur une fond blanc lorsque papa s’est passionné pour l’art contemporain, bref! vous l’avez compris, les passions de mon père sont dangereuses pour la santé. Tout ça pour en arriver à Meudon.

Et oui, la nouvelle lubie de ce papou un peu branque, c’est d’habiter à Meudon, et son Grand Argument c’est que Meudon n’est qu’à “treize minutes de la Tour Eiffel”. Tu parles d’un argument. Pourquoi la Tour Eiffel? Pourquoi pas aussi le parcmètres de la rue du chat qui pèche? À moins d’avoir un hélicoptère ou de faire du 120 au milieu de la nuit, impossible d’aller à Meudon en treize minutes. Encore un truc pour que je tue quelqu’un en scooter.

“Mais siii, treize minutes j’te dis, et pis y’a un jardin pour ton p’tit frère et des grands placards pour les fringues de ma femme.
-Ah ouais… et pour moi y’a quoi, à part quinze minute de Denfert à la Tour Eiffel et treize de la Tour à Meuuudon?
-Pour toi y’a ma colec’ de train électriques et des guitares achetées 15 euros sur e-bay. Comme ça tu pourras t’y mettre et jouer du John mieux que John!”

Comment, lui qui a grandi sur les trottoirs de Panam, qui a passé des heures dans les bistros Parisiens à refaire le monde dans un sens puis dans l’autre, sans oublier de l’arroser au passage, comment ce papou parisien jusqu’au bout de la cibiche peut émigrer à Meudon?! Et le pire c’est qu’il déteste cette ville! Il n’assume pas du tout d’avoir à dire qu’il vit là-bas. C’est sûr, ça fait prout-prout… Encore une longue traversée de l’océan en perspective ! Remarquez, c’est pas mal Meudon, c’est tellement mort que personne ne notera qu’il a tué sa femme si elle gagne au Trivial Poursuite.

Voila. Dans Wikipédia ils disent que Meudon est “célèbre pour sa tranquillité”, c’était avant que mon père y vive. Avec un peu de chance, et en comptant sur sa nature farfelue, il lui faudra trois mois pour chambouler la ville, adopter tous les chiens errants, créer un musée de la marine et du Négo Chin, organiser des concerts de musiciens amateurs qui ne jouent ni aussi bien que Rachmaninov ni aussi bien que John et surtout prendre la tête du bar du coin et passer des heures nostalgiques à penser à Paris, assis sur des banquettes en sky.

Avec un peu de chance surtout, ce bébé qu’on me souhaite pour 2008 attendra 2010 et sera aussi passionné, barjo et idéaliste que son grand-père.

Dès qu’il aura trois ans, je lui offrirai une trottinette pour qu’il aille voir son papy à Meudon : “Mais non gamin, c’est pas loin, à peine treize minutes de la Tour Eiffel, alors patine ! “
 
lolita séchan 

Philippe Geluck parle de Renaud

Hommage — Par deserteur39 @ 00:25


(avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

- Vous avez dédié votre dernier album, "L'affaire Le Chat", au chanteur Renaud...

"Renaud, c'est quelqu'un qui me manque, qui n'a pas fait de disque depuis 7 ans, qui traverse une période difficile. En fait, je ne le connaissais pas du tout. Mais depuis la sortie de l'album, on s'est vus et on va se revoir. Je suis absolument fan de lui. Il m'a dit que lui l'était de moi, et j'étais fou de joie." 
 

Extrait tiré d'une interview dans l'hebdo belge "Vlan Dimanche" n° 104 du 11.11.01
Propos recueillis par J.J. BRUNIN / Fréquence Wallonie - Photo Guido Marcon


Frédéric Dard parle de Renaud

Hommage — Par deserteur39 @ 00:22

 

Frédéric Dard

 

Préface du livre
Mistral gagnant

Ménestrel ou voyou ?
Graine d'anar ou titi de Paname ?
Ange à la figure sale ou démon au regard limpide ?

Qui es-tu, Renaud, mon fils ?

Tu ne veux pas le leur dire ?
Tu as raison ; ils ne sont pas dignes d'une telle confidence.
Laisse-les perplexer à ton sujet et continue ta route comme un grand que tu es.
Renaud, mon fils, Renaud réjouis-toi : tu as pour ennemi les vieux, les vrais, ceux qui n'ont jamais été jeunes.
Ils ont peur de toi parce qu'ils sentent confusément qui tu es pourri de talent.
Tu viens d'une autre planète que la leur : la planète Amour.
Eux sont à jamais enlisés dans la boue pestilentielle de la planète Terre à terre.
Ils t'en veulent abominablement d'oser parler une langue qu'ils ne comprendront jamais.

Ils ignorent, ils ignoreront toujours ce qu'est un pote, une bibine et des santiags, ces pauvres analphacons.
Ta poésie est trop évidente pour ne pas leur échapper.   Ils te nient ; ce qui te fait exister un peu plus.
Je leur parle de mon admiration pour toi, de ma tendresse pour toi, afin de les voir se décomposer.  Je les admire dans leur 
écœurement car là est leur vraie nature.

Alors, ils cloportent à outrance et s'étouffent dans des maudissures inaudibles.  J'écoute clapoter leur voix ; l'affreux bruit rend tes chansons plus mélodieuses encore !

Renaud, mon fils, réjouis-toi : tu as pour amis tous les jeunes de la terre, les vrais, ceux qui ne deviendront jamais vieux.

Ils t'aiment avec enthousiasme parce que tu es rayonnant de talent et auréolé de tendresse infinie.
Tu viens de la même planète qu'eux : la planète Fraternité.
Ils te sont, et te seront toujours, éperdument reconnaissants de faire le boulot de Verlaine avec des mots de bistrot.
Eux, savent ce qu'est un frangin, une mob et une gonzesse.
Ton talent les aide à exister.
Sous tes éclairages de fête foraine, leur banlieue devient presque jolie et leur destin moins dégueulasse.
Ils se reconnaissent en toi comme dans un miroir, Renaud, mon fils.
Putain, ce qu'ils sont beaux dans tes yeux !

San Antonio, 1986


 

Extrait d'émission.
Frédéric Dard sur R.T.L. le 22 août 1986


"Renaud, c'est une espèce de fils pour moi. Il a quelque chose de moi et ce que j'aime bien chez lui, c'est qu'il est arrivé au vedettariat (car c'est une vedette, Renaud) et il est resté timide. Moi j'aime bien qu'on soit timide. C'est les poètes qui sont timides. Et ça, ça me touche beaucoup"


San-Antonio n°121 
Bacchanale chez la mère Tatzi, 
Editions Fleuve Noir, 1985



"La cassette branchée par Thérésa est de Renaud. Un super-champion. Un infini pas con. Un incontestable. Le poète le plus poétisant de cette époque d'archimerde (sans principes). Le prince du pavé. La nostalgie arrivée à bon port. Un mord-con ! La noblesse de la timidité ! Brandisseur de glaves ! Et si frileux de l'âme, je le sens bien, que je l'emmitoufle de ma tendresse ! Renaud chante le gitan, la zone, le couteau, le clébard, les lunettes retrouvées de son taulard... Salut, le gitan, salut le manouche... Salut, Renaud. Que les saigneurs soient loin de nous ! Trouverons-nous assez de mots pour y noyer tous les merdeux ? Chauffe, mon petit mec, chauffe ! C'est pour la dignité que tu égosilles, et ils n'en savent rien.
- Vous l'aimez ? demande Thérésa.
- Davantage encore ! "


Dany parle de Renaud

Hommage — Par deserteur39 @ 00:19


Chanteur qui s'est produit en off de la dernière tournée de Renaud dans le nord est de la France et en Belgique.
Retrouvez-le sur son site : http://www.multimania.com/danynet

Dany

J'ai été surpris d'apprendre "une guitare, un piano, et Renaud". Il n'y avait pas d'album de prévu, et il s'était déjà tapé une tournée de petites salles en 96, juste après les grandes de 95.
Je ne l'écoute plus depuis longtemps. Je n'ai pas accroché sur "Marchand de cailloux", certaines chansons sont inabouties. J'ai préféré "A la belle de mai", et surtout "Touche pas à ma soeur", entendu sur "Les introuvables", probablement Face B d'un deux titres, la meilleure chanson des années 90. 


La grande différence entre les 80 et les 90, c'est que j'étais spectateur, je suis devenu acteur. J'écris mes chansons, j'apporte modestement ma pierre, régionalement.
Dans le circuit chanson, on doit tous à Renaud. Il est incontournable, comme Souchon, Cabrel, Goldman.

Je me suis intéressé à lui à 13 ans. Mon père, mécanicien, travaillait sans arrêt. Pour lui, c'était une obligation, le boulot. Comme beaucoup de gens de sa génération, il a commencé à travailler à 14 ans. Naturellement, il essayait de m'y mettre. J'ai refusé son shéma de vie. Il était inconcevable que je me retrouve aux ordres du grand capital, que je perde ma vie à la gagner. "J'aime pas l'travail, la justice et l'armée" ( Où c'est qu'j'ai mis mon flingue?). Je me suis complètement retrouvé dans cet état d'esprit. Il y avait une part illogique dans le propos : on ne pouvait concevoir une société sans travail, pourtant cette poésie m'aspirait et je savais que, ma vie entière, j'allais combattre. Par défaut, j'ai choisi la chanson. Un peu comme Renaud, il me semble. J'appartiens à la génération Coluche, Telephone, SOS Racisme, Mitterand, etc...
Les années où les soixante-huitards ont pris le pouvoir et où, pour un temps, ils vont (essayer de) changer le monde. Renaud est alors le Gavroche du misérable show business. Même s'il est le plus gros vendeur de disques, tout le monde apprécie sa discrétion, nos parents reconnaissent volontiers que ce type, qui parle et s'habille bizarre, est sympa. 


A partir de 86, tout dégringole. Coluche meurt, Renaud quitte (presque) définitivement les plateaux de télés, le mur de Berlin s'effondre avec le communisme, et les années 90 s'ouvrent avec la guerre du golfe.
Je croyais que Renaud allait davantage se manifester devant des évènements aussi dramatiques, mais il était "fatigué". Il avait, certes, financé en grande partie le contre bicentenaire. Il intervenait aussi dans L'Idiot International version Edern Hallier pour une nouvelle version du déserteur anti guerre du golfe. Mais il se faisait discret. Petit à petit, il a décroché d'une époque créative, d'espoir.


La première fois que je l'ai rencontré, c'était pour Germinable. Il était venu au cinéma Gaumont, à Metz, présenter ce film "grandiose" avec Berry. Dans la salle, une trentaine de personnes seulement. Ca fait bizarre de parler à Renaud. Il ne ponctue pas ses phrases par des "tsin-tsin-tsin", ça déstabilise. Quand c'est la première fois, vous êtes forcément ému, ça l'énerve. C'est qu'il est modeste et timide, le bonhomme. Si vous lui rappellez qu'il est une idole, ça l'emmerde.
J'ai lu toutes ses chroniques dans Charlie Hebdo. J'ai compris qu'il était un autre, qu'il tournait le dos aux 70, 80. J'ai dû à peine écouter une fois les albums de Renaud le loubard. Celui que j'aimais, moi, c'était le Renaud père de famille-citoyen du monde. Pas forcément le lycéen de 68 qui arrive chez Drucker en mobylette. Les anciens fans, 40 balais aujourd'hui, lui reprochent de s'être embourgeoisé, probablement autant qu'eux !
Le seul reproche que j'ai à lui faire, c'est une pub pour une bière, même s'il a reversé son cachet à un musée. Sa poésie au service de l'alcool et des multinationales, c'est pas terrible.


Le troisième Renaud, c'est un viel anar à la Cavanna. Il occupe l'instant, il a 100 ans.
Pour sa tournée "Une guitare, un piano, et Renaud", j'ai choisi de jouer devant la salle. Cette tournée ne s'arrête plus, j'ai joué plus de 30 fois dans le Nord-Est, Belgique. Je suis étonné de ce succès. Je n'ai pas l'impression que Renaud puisse durer; qui pourrait conseiller à des mômes de 15 ans "Miss Maguy" ou "Trivial poursuite" ? Ces chansons sont lourdes de sens sur l'instant, mais n'ont plus aucune légitimité 15 ans plus tard.


Pourtant, Renaud remplit partout. Et avec une désinvolture extraordinaire! Jean Luc Lahaye, Jeanne Mas, qui étaient également gros vendeurs dans les années 80, mettent 10 ans aujourd'hui avant de jouer devant autant de monde !

Chaque jour, j'installe mes disques à vendre dans mon étui de guitare ouvert. Le public de Renaud est en général enthousiaste. D'une part il reconnait l'influence de leur idole dans mes chansons, d'autre part ils me disent que "lui a commencé comme ça !" Je le vois arriver, avec son guitariste et son pianiste vers 16 heures. Une dizaine de fans l'attendent, il n'est guère causant avec eux. C'est qu'il en a marre. Imaginez vous tous les jours sollicités par des gens qui vous tapent dans le dos parce qu'ils vous aiment depuis toujours. Si vous ne les connaissez pas, c'est perturbant. Cependant, on s'y habitue, probablement.

J'attends, comme tout le monde, la suite. 
Je ne suis pas convaincu par "Elle a vu le loup", mélange entre "Le petit chat est mort" et "Mon amoureux", tout juste une face B.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais forcément l'aimer, le prochain Renaud.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais toujours l'aimer, Renaud. 

Dany, mercredi 10 janvier 2001 
 


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